{"id":9212,"date":"2010-10-12T14:59:16","date_gmt":"2010-10-12T12:59:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.rapportoconfidenziale.org\/?p=9212"},"modified":"2012-05-30T15:42:04","modified_gmt":"2012-05-30T13:42:04","slug":"entretien-avec-la-realisatrice-catherine-libert-fraita","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.rapportoconfidenziale.org\/?p=9212","title":{"rendered":"Entretien avec la r\u00e9alisatrice Catherine Libert (fra+ita)"},"content":{"rendered":"<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" border=\"0\" src=\"http:\/\/www.rapportoconfidenziale.org\/wp-content\/uploads\/2010\/10\/catherine_libert.jpg\" width=\"620\" height=\"442\"><\/p>\n<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\"><font face=\"Arial\" style=\"font-size: 9pt\">Il presente articolo \u00e8 stato pubblicato su <a href=\"http:\/\/www.rapportoconfidenziale.org\/?p=8951\">Rapporto Confidenziale numero28<\/a> (speciale 2010), pp. 50-57<br \/>\nall\u2019interno di <i>RC:speciale 63\u00b0 Festival del film Locarno 4-14 | 8 | 2010<\/i><\/font><\/p>\n<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\">&nbsp;<\/p>\n<table border=\"0\" width=\"620\" id=\"table1\">\n<tr>\n<td width=\"330\">\n<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\"><font face=\"Arial\" style=\"font-size: 8pt\" color=\"#333333\">N\u00e9e \u00e0 Li\u00e8ge en 1971, <b>Catherine Libert<\/b> fait ses \u00e9tudes en r\u00e9alisation cin\u00e9ma \u00e0 l\u2019INSAS \u00e0 Bruxelles. Elle entame son parcours en tournant un court m\u00e9trage de fiction dans des conditions classiques de production et tr\u00e8s vite, se rend compte que son envie cin\u00e9matographique n\u2019est pas l\u00e0. Les films qu\u2019elle r\u00e9alise ensuite, tourn\u00e9s en 16 mm et d\u00e9velopp\u00e9s artisanalement, se sont donc inscrits dans une d\u00e9marche de plus en plus ind\u00e9pendante, po\u00e9tique et exp\u00e9rimentale.<\/font><\/p>\n<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\"><font face=\"Arial\" style=\"font-size: 8pt\" color=\"#333333\"><b>Catherine Libert<\/b> \u00e8 nata a Liegi nel 1971. Studia regia cinematografica all\u2019INSAS a Bruxelles. Esordisce realizzando un cortometraggio di finzione in condizioni produttive classiche e in breve tempo si rende conto di desiderare un altro cinema. I film che realizza in seguito, girati in 16 mm e sviluppati artigianalmente, rispondono quindi a un approccio sempre pi\u00f9 indipendente, poetico e sperimentale.<\/font><\/td>\n<td>\n<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\" align=\"center\"><font color=\"#333333\"><font face=\"Arial\" size=\"2\"><b>Les Champs br\u00fblants (Campi ardenti)<\/b><\/font><font face=\"Arial\" style=\"font-size: 8pt\"><br \/>\n  <\/font><\/font><font face=\"Arial\" style=\"font-size: 8pt\"><font color=\"#333333\">Catherine Libert<br \/>\n  Francia &#8211; 2010 &#8211; Beta digital &#8211; colore e b\/n &#8211; 72\u2019<br \/>\nrecensione a cura di Alessio Galbiati in<br \/>\n  <\/font><br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.rapportoconfidenziale.org\/?p=8951\"><font color=\"#3399FF\">RC numero28<\/font><\/a><font color=\"#333333\"> (speciale 2010), p. 48-49<br \/>\ned in versione html sul <\/font> <a href=\"http:\/\/www.rapportoconfidenziale.org\/?p=8302\"><font color=\"#3399FF\">sito di RC<\/font><\/a><\/font><\/p>\n<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\">&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<\/table>\n<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\" align=\"left\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" border=\"0\" src=\"http:\/\/www.rapportoconfidenziale.org\/wp-content\/uploads\/2010\/10\/libert_01.gif\" width=\"620\" height=\"188\"><\/p>\n<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\"><font face=\"Georgia\" color=\"#333333\" size=\"3\"><b>Entretien avec la r\u00e9alisatrice Catherine Libert<\/b><\/font><\/p>\n<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\"><font style=\"font-size: 9pt\" face=\"Georgia\" color=\"#333333\">by Alessio Galbiati<\/font><font face=\"Arial\" style=\"font-size: 9pt\"><\/p>\n<p><b>Alessio Galbiati: D\u2019o\u00f9 vient t-il ton amour pour le cin\u00e9ma italien?<br \/>\n<\/b><br \/>\nCatherine Libert: J\u2019ai grandi aupr\u00e8s d\u2019un p\u00e8re cin\u00e9phile et amoureux de l\u2019Italie. Mon amour du cin\u00e9ma est donc n\u00e9 avec Rossellini, les com\u00e9dies de Toto, Fellini, Risi, Rosi, Comencini\u2026 et plus tard Pasolini et Antonioni\u2026 Nos fr\u00e9quents voyages en Italie \u00e9taient travers\u00e9s par toutes les images de ces films. Leurs voix, leurs visages, leurs paysages ont pris un sens quasi g\u00e9n\u00e9alogique dans mon histoire du cin\u00e9ma\u2026 Et c\u2019est naturellement que mes premi\u00e8res envies de faire des films c\u2019est dans la lumi\u00e8re italienne que je les ai senties\u2026 J\u2019ai donc appris \u00e0 faire mes armes cin\u00e9matographiques, \u00e0 peaufiner mes outils, mon regard, en tournant quelques films entre la France et la Belgique mais sans jamais l\u00e2cher mon premier d\u00e9sir de cin\u00e9ma : tourner en Italie\u2026<\/p>\n<p><b>Alessio Galbiati: Comment as-tu d\u00e9couvert le cin\u00e9ma de Gaundri?<\/b><\/p>\n<p>Catherine Libert: En entamant mes recherches sur les cin\u00e9astes ind\u00e9pendants en Italie, le nom de Gaudino revenait \u00e9videmment souvent. Je savais que \u00ab Giro di luna \u00bb \u00e9tait un film incontournable, un objet unique dans le paysage du cin\u00e9ma italien de ces trente derni\u00e8res ann\u00e9es. Mais c\u2019est par le plus grand des hasards que je suis tomb\u00e9e sur Beppe un soir \u00e0 Rome. Il y avait une petite r\u00e9ception dans une librairie pour pr\u00e9senter le dvd des films de Roberto Nanni (tr\u00e8s justement appel\u00e9 \u00ab Ostinati \u00bb). Roberto faisait partie des cin\u00e9astes radicaux ind\u00e9pendants qui m\u2019int\u00e9ressaient. Apr\u00e8s la vision des films, il y a eu un d\u00e9bat autour du cin\u00e9ma exp\u00e9rimental de Roberto Nanni et plus g\u00e9n\u00e9ralement autour du cin\u00e9ma ind\u00e9pendant en Italie. Un homme a pris la parole et s\u2019est mis \u00e0 tracer un tableau tr\u00e8s concret sur la situation du cin\u00e9ma d\u2019auteur en Italie (chiffres \u00e0 l\u2019appui). Il s\u2019emportait en d\u00e9crivant la situation d\u2019urgence, invitant la petite assembl\u00e9e encore pr\u00e9sente au d\u00e9bat \u00e0 se mobiliser et \u00e0 participer \u00e0 diff\u00e9rentes manifestations qui allaient avoir lieu (notamment au festival de Venise). Il parlait \u00e9galement de mouvements d\u2019auteurs qui s\u2019organisaient peu \u00e0 peu autour des ruines de la culture italienne. Le d\u00e9bat s\u2019est malheureusement rapidement achev\u00e9 parce que le buffet venait d\u2019ouvrir\u2026<\/p>\n<p>Apr\u00e8s, j\u2019ai poursuivi la conversation un long moment avec lui avant de me rendre compte que cet homme \u00e9tait Beppe Gaudino ! Je lui ai parl\u00e9 de mon projet de films sur le cin\u00e9ma ind\u00e9pendant en Italie. La suite s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e tr\u00e8s vite. Le lendemain, il m\u2019a invit\u00e9e chez lui, j\u2019ai rencontr\u00e9 Isabella Sandri, sa compagne de vie-cin\u00e9ma, elle aussi r\u00e9alisatrice et j\u2019ai visionn\u00e9 tous leurs films. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 totalement engloutie par leurs univers, la beaut\u00e9 de leur obsession face \u00e0 tout ce qui r\u00e9siste, comme si la fa\u00e7on dont ils vivaient leur engagement cin\u00e9matographique \u00e9tait \u00e0 chaque fois le sujet \u00e9vident de chacune de leurs oeuvres, la m\u00e9moire d\u2019un monde, la m\u00e9moire d\u2019un cin\u00e9ma et les moyens de tenir encore ce monde-cin\u00e9ma en libert\u00e9 aujourd\u2019hui\u2026 Une semaine plus tard, Stefano arrivait \u00e0 Rome avec la cam\u00e9ra et nous entamions le tournage des \u00ab Champs br\u00fblants \u00bb.<\/p>\n<p>Si l\u2019aventure de ce film a pu d\u00e9marrer aussi vite, c\u2019est qu\u2019il y a eu une \u00e9vidence imm\u00e9diate et merveilleuse dans notre rencontre. Un sentiment d\u2019amiti\u00e9 et de reconnaissance cin\u00e9matographique qui continue de nous lier\u2026 Non seulement parce que Beppe et Isabella ont une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 hors du commun qui tient avant tout \u00e0 leur curiosit\u00e9 face au monde (la force de leur cin\u00e9ma) mais aussi parce que nous nous sommes vites rendus compte en parlant de nos vie-cin\u00e9ma que nous traversions les m\u00eames joies, les m\u00eames difficult\u00e9s\u2026<\/p>\n<p>D\u00e8s que je vais \u00e0 Rome \u00e0 pr\u00e9sent, avant de prendre un seul rendez-vous, je vais d\u2019abord chez Beppe et Isabella, je sais qu\u2019il y aura toujours un sublime pasta e fagioli ou un pollo al rosmarino qui m\u2019attend\u2026 C\u2019est un sentiment de famille-cin\u00e9ma auquel je suis tr\u00e8s attach\u00e9e\u2026<\/p>\n<p><b>Alessio Galbiati: Le catalogue du Festival de Locarno parle de \u00ab Campi ardenti \u00bb comme du quatri\u00e8me chapitre d\u2019un voyage en Italie \u00e0 la recherche du cin\u00e9ma ind\u00e9pendant et artisan. Quels sont les autres \u00e9pisodes de cette s\u00e9rie intitul\u00e9e \u00abVie traverse\u00bb? En toute sinc\u00e9rit\u00e9, je sais de risquer le ridicule en disant \u00e7a, je pense que probablement il n\u2019y a pas d\u2019autres episodes au dehors de \u00ab Campi ardenti \u00bb. J\u2019ai m\u00eame pens\u00e9 que vous avez (toi et Stefano Canapa qui \u00eates les producteurs) et\u00e9 pouss\u00e9s par l\u2019id\u00e9e de mettre en place une action situationniste pour vous vous moquer de la critique et des organisateurs du festival &#8230; est-ce que je suis fou?!<\/b><\/p>\n<p>Catherine Libert: Ta question me fait sourire, Alessio. Stefano et moi aurions volontiers eu l\u2019outrecuidance et l\u2019humour n\u00e9cessaire pour nous lancer dans cette action situationniste en faisant miroiter une fausse promo pour une s\u00e9rie mais c\u2019est pourtant vrai : \u00ab Les Champs br\u00fblants \u00bb font partie d\u2019une s\u00e9rie de films (encore \u00e0 faire) qui s\u2019appelle \u00ab Les Chemins de traverse \u00bb dans lequel figureront d\u2019autres portraits de cin\u00e9astes comme celui que nous avons r\u00e9alis\u00e9 avec Beppe et Isabella. La chronologie des \u00e9pisodes est avant tout g\u00e9ographique: lorsque j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 inscrire les noms des cin\u00e9astes qui m\u2019int\u00e9ressaient sur une carte d\u2019Italie, je me suis rendue compte qu\u2019aucune identit\u00e9 nationale ne liait ces univers radicalement diff\u00e9rents parce que leurs histoires sociales et politiques \u00e9taient tout aussi diff\u00e9rentes&#8230; L\u2019envie du road movie s\u2019est donc inscrite sur cette n\u00e9cessit\u00e9 de montrer ces territoires de cin\u00e9ma : filmer une travers\u00e9e du pays comme le faisait Kramer dans \u00ab Road One Usa \u00bb ou Pasolini lorsqu\u2019il \u00e9crivait la \u00ab Lunga strada di sabbia \u00bb parcourant l\u2019Italie du nord au sud et du sud au nord. Comme il y a beaucoup de cin\u00e9astes a rencontrer, beaucoup de lieux, j\u2019ai imagin\u00e9 notre projet en une douzaine d\u2019\u00e9pisodes chaque fois consacr\u00e9s \u00e0 une partie du pays&#8230; Ce qui para\u00eet \u00e9trange aujourd\u2019hui, c\u2019est que nous avons tourn\u00e9 l\u2019\u00e9pisode n\u00b04 (ou 5 ou 6, \u00e7a on verra plus tard) avant les autres. Emport\u00e9s par l\u2019enthousiasme de la rencontre avec Beppe et Isabella, nous avons commenc\u00e9 notre parcours \u00e0 Rome sans nous soucier de la feuille de route que nous nous \u00e9tions fix\u00e9s (une fa\u00e7on d\u2019\u00eatre nous-m\u00eames ind\u00e9pendants de toute contrainte).<\/p>\n<p>Le parcours des \u00ab Chemins de traverse \u00bb part en fait de Vintimiglia (l\u00e0 o\u00f9 Pasolini entamait son voyage pour \u00ab La Lunga strada di sabbia \u00bb), descend sur le versant est du pays jusqu\u2019en Sicile et puis remonte vers le Nord jusqu\u2019\u00e0 Sal\u00f2 (l\u00e0 o\u00f9 le pays et le cin\u00e9ma ont eu une fin d\u2019histoire quelque part\u2026). Le prochain \u00e9pisode que nous voulons tourner sera donc le n\u00b01 qui se passera de Vintimiglia \u00e0 Turin o\u00f9 nous filmerons Tonino de Bernardi\u2026 Pour la suite, je ne parlerai pas des prochains \u00e9pisodes tant que je n\u2019ai pas l\u2019accord des cin\u00e9astes concern\u00e9s\u2026 Ce projet colossal prendra bien s\u00fbr beaucoup de temps, on peut envisager les chemins comme une suite de rendez-vous \u00e0 venir au cours des prochaines ann\u00e9es\u2026 Parfois, je me dis m\u00eame que cette s\u00e9rie ne s\u2019ach\u00e8vera pas tant qu\u2019il y aura un cin\u00e9ma ind\u00e9pendant en Italie\u2026 Donc peut-\u00eatre parlerons-nous encore de films \u00e0 faire pour \u00ab Les chemins de traverse \u00bb dans vingt ans\u2026<\/p>\n<p><b>Alessio Galbiati: Le documentaire (po\u00e9tique) en question, comme le sujet au centre du r\u00e9cit, est un travail ind\u00e9pendant. Dans \u00ab Campi ardenti \u00bb tu donnes \u00e0 cette fa\u00e7on de faire et de concevoir le cin\u00e9ma une d\u00e9finition que j\u2019ai trouv\u00e9 tr\u00e8s int\u00e9ressante et que je veux partager: \u201cInd\u00e9pendance signifie garder intacte l\u2019id\u00e9e, l\u2019exigeance d\u2019origine\u201d. Alors quelles sont les id\u00e9es et les besoins qui ont donn\u00e9 lieu, \u00e0 nouveau, \u00e0 ton voyage en Italie?<\/b><\/p>\n<p>Catherine Libert: C\u2019est vrai que le sujet du film (le cin\u00e9ma ind\u00e9pendant, ses exigences et ses n\u00e9cessit\u00e9s techniques et po\u00e9tiques) sont \u00e0 l\u2019image du film. La naissance du projet (le premier d\u00e9sir) s\u2019est inscrite comme une \u00e9vidence, \u00e0 mon insu devrais-je dire.<\/p>\n<p>J\u2019ai travaill\u00e9 une ann\u00e9e sur la programmation des films in\u00e9dits de Pierre Cl\u00e9menti avec deux amis Alessandro di Francesco et Andrea Monti (programmateurs au festival de Lucca). Ce premier lien en Toscane m\u2019a permit de poser les bases de mon d\u00e9sir le plus cher: tourner en Italie. Les films que j\u2019avais r\u00e9alis\u00e9s auparavant en Belgique se sont toujours inscrits dans une d\u00e9marche autonome et artisanale.<br \/>\nAvant de savoir ce que j\u2019allais tourner en Italie, je devais donc savoir comment je pourrais tourner en Italie sans trahir mon geste cin\u00e9matographique, c\u2019est-\u00e0-dire de la mani\u00e8re la plus libre qui soit. Du coup je me suis demand\u00e9e s\u2019il y avait des laboratoires artisanaux, s\u2019il y avait des collectifs de cin\u00e9astes pour s\u2019\u00e9changer du mat\u00e9riel comme \u00e7a se fait en France ou en Belgique, s\u2019il y avait des r\u00e9seaux alternatifs de distribution, bref s\u2019il y avait des cin\u00e9astes ind\u00e9pendants en Italie&#8230; La r\u00e9ponse que j\u2019ai trouv\u00e9e aupr\u00e8s de mes amis programmateurs ou cin\u00e9philes \u00e9tait unanime: il y a eu un cin\u00e9ma ind\u00e9pendant tr\u00e8s fort dans les ann\u00e9es \u201870 (greff\u00e9 en grande partie \u00e0 la Cooperativa del cinema indipendente) mais aujourd\u2019hui, le cin\u00e9ma ind\u00e9pendant \u00e9tait mort&#8230; La question est devenue obs\u00e9dante, il devait bien y avoir quelque part un petit vid\u00e9aste en train de bricoler un film dans sa cuisine en Italie, alors j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire \u00e0 des critiques, des cin\u00e9astes, des sp\u00e9cialistes du cin\u00e9ma italien et \u00e0 un moment je me suis rendue compte que je ne faisais plus que \u00e7a, j\u2019\u00e9tais en train d\u2019\u00e9crire mon film&#8230;<\/p>\n<p>Et puis un jour, il y eut ce merveilleux hasard qui m\u2019a permis de rencontrer Stefano Canapa. mon compagnon de route des \u00ab Les chemins de traverse \u00bb. Stefano \u00e9tait originaire de Turin mais vivait \u00e0 Paris depuis dix ans. Notre parcours cin\u00e9matographique co\u00efncidait \u00e0 beaucoup de lieux et de d\u00e9sirs cin\u00e9matographiques, nous faisions tous les deux partie du r\u00e9seau des laboratoires ind\u00e9pendants, nous avions appris le travail de d\u00e9veloppement artisanal aupr\u00e8s des m\u00eames gens (Metemkine, les Ateliers MTK et Ad Libitum, L\u2019abominable\u2026) et nous avions (\u00e0 peu de choses pr\u00e8s) une m\u00eame fa\u00e7on d\u2019inventer l\u2019ind\u00e9pendance de notre cin\u00e9ma. Stefano avait quitt\u00e9 Turin en laissant derri\u00e8re lui le projet d\u2019un labo S8 \u00ab superotto mon amour \u00bb qui faute de trouver des adh\u00e9rents avait d\u00fb fermer ses portes. Le cin\u00e9ma vers lequel il tendait n\u2019existait pas en Italie, mais \u00e7a ne remettait pas en cause son envie d\u2019y tourner, cette s\u00e9paration ne fut donc jamais compl\u00e8tement d\u00e9pass\u00e9e. Ma recherche sur les cin\u00e9astes ind\u00e9pendants italiens rejoignait son envie de retourner en Italie. Peu de temps apr\u00e8s notre rencontre, j\u2019ai d\u00e9couvert son travail en voyant \u00ab Petrolio \u00bb, un film 16 mm qu\u2019il jouait en performance avec Emmanuel Lefrant. Et j\u2019ai eu un v\u00e9ritable coup de foudre pour le travail de ses images noir et blanc, la ma\u00eetrise d\u2019une mati\u00e8re travaill\u00e9e en labo \u00e0 partir de peu de rushes et la singularit\u00e9 de son regard.<\/p>\n<p>Nous avons donc d\u00e9cid\u00e9 de nous lancer ensemble dans cette aventure en tr\u00e8s peu de temps. Cette collaboration et cette amiti\u00e9 furent le premier point de d\u00e9part de \u00ab Vie traverse \u00bb, le second allait se r\u00e9aliser avec Enrico Ghezzi (mais \u00e7a j\u2019y reviendrai plus tard\u2026).<\/p>\n<p><b>Alessio Galbiati: \u00c0 partir du point de vue productif-\u00e9conomique comment est-il n\u00e9 \u00ab Campi ardenti \u00bb?<\/b><\/p>\n<p>Catherine Libert: Nicole Brenez, programmatrice \u00e0 la cin\u00e9math\u00e8que \u00e0 Paris m\u2019avait un jour laiss\u00e9 une carte blanche pour pr\u00e9senter une esquisse d\u2019un premier portrait de cin\u00e9aste. Moi je pensais de toute mani\u00e8re qu\u2019il fallait d\u00e9j\u00e0 tourner deux-trois choses et voir comment nous allions mettre en place ces rencontres pour pouvoir ensuite \u00e9crire le projet sur une base concr\u00e8te. Nous avons donc utilis\u00e9 nos \u00e9conomies pour acheter des stocks de pellicule \u00e0 bas prix, emprunt\u00e9 une cam\u00e9ra chez Kodak et cherch\u00e9 des amis pour nous h\u00e9berger \u00e0 Rome pendant la r\u00e9alisation du film\u2026<\/p>\n<p>Quand tu me parles de cette id\u00e9e de conserver intact le premier d\u00e9sir de faire un film, pour nous ce fut avant toute chose le d\u00e9sir de faire ce film en 16 mm. Ce d\u00e9sir d\u00e9passait nos exigences esth\u00e9tiques dans le sens o\u00f9 c\u2019est un film sur l\u2019histoire du cin\u00e9ma. Il nous paraissait important de tenir quelque chose de cette histoire : la pellicule, le d\u00e9filement \u00e0 24 images\/seconde, la vie de l\u2019\u00e9mulsion&#8230;<\/p>\n<p>Notre premi\u00e8re id\u00e9e \u00e9tait de pr\u00e9senter une performance \u00e0 la cin\u00e9math\u00e8que dans laquelle nous aurions projet\u00e9 une s\u00e9rie de rushes tourn\u00e9s avec Beppe et Isabella en guise d\u2019esquisse d\u2019un film \u00e0 venir\u2026 Cela nous permettait de tourner peu, Comme nous avions peu de pellicule et que les entretiens que nous voulions r\u00e9aliser avec les cin\u00e9astes risquaient de demander beaucoup de rushes, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de tourner ceux-ci \u00e0 l\u2019aide d\u2019un petit appareil num\u00e9rique. Une fois mont\u00e9e, r\u00e9duite \u00e0 l\u2019essentiel, nous avons kin\u00e9scop\u00e9 cette mati\u00e8re en 16 mm. En organisant les rushes pour la performance, tr\u00e8s vite j\u2019ai eu envie de monter des s\u00e9quences et je me suis litt\u00e9ralement laiss\u00e9e engloutir par la mati\u00e8re, jour et nuit pendant quinze jours. \u00ab Les champs br\u00fblants \u00bb est donc n\u00e9 de cette effervescence, presque malgr\u00e9 nous et nous avons d\u00fb nous rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence qu\u2019il n\u2019y aurait pas de performance \u00e0 la cin\u00e9math\u00e8que mais un montage presqu\u2019achev\u00e9 qui allait trouver sa forme d\u00e9finitive pour la projection de Locarno.<\/p>\n<p>Nous n\u2019avons donc demand\u00e9 aucun financement pour r\u00e9aliser ce film. Et s\u2019il est vrai qu\u2019il nous a ruin\u00e9 financi\u00e8rement, on \u00e9tait plut\u00f4t fiers de le pr\u00e9senter \u00e0 Locarno comme un objet parfaitement autonome, sans aucun nom de bo\u00eete de production ou d\u2019institution financi\u00e8re au g\u00e9n\u00e9rique. Nous avons fait un film totalement ind\u00e9pendant, cela nous permettait d\u00e9j\u00e0 de poser le d\u00e9bat sur l\u2019ind\u00e9pendance au bon endroit. Aujourd\u2019hui, nous aimerions juste trouver l\u2019argent n\u00e9cessaire pour tirer une copie 16 mm des \u00ab Champs br\u00fblants \u00bb. La copie B\u00e9ta du film ne r\u00e9pond pas encore \u00e0 nos envies cin\u00e9matographiques, il y a encore quelque chose qui se retient de vivre entre le film et le spectateur, le num\u00e9rique reste virtuel\u2026 Nous avons besoin de sentir nos images d\u00e9filer \u00e0 24 images\/secondes, de voir le grain et la transparence de l\u2019\u00e9mulsion, pour voir (donner \u00e0 voir) le film comme nous l\u2019avons r\u00eav\u00e9 au d\u00e9part.<\/p>\n<p>Maintenant, pour les prochains \u00e9pisodes des \u00ab Chemins de traverse \u00bb, ce ne sera pas pareil, nous devons trouver des financements pour entamer ce long parcours, nous faire aider. Nous avons la chance de travailler \u00e0 pr\u00e9sent avec des amis producteurs, cin\u00e9philes et amoureux du cin\u00e9ma italien, le nom de leur soci\u00e9t\u00e9 c\u2019est \u00ab House on fire \u00bb, on ne pouvait pas trouver mieux pour parler de l\u2019\u00e9lan qui nous pousse dans notre projet. En Italie, la Gaundri (\u00e9videmment) nous aide aussi \u00e0 chercher les solutions pour mettre en place la suite du documentaire. Je pense que ce premier geste, spontan\u00e9 et radicalement ind\u00e9pendant que nous avons pos\u00e9 en r\u00e9alisant \u00ab Les Champs br\u00fblants \u00bb \u00e9tait n\u00e9cessaire, non seulement pour \u00eatre capables de parler de l\u2019ind\u00e9pendance mais aussi pour donner le d\u00e9sir \u00e0 d\u2019autres cin\u00e9astes, producteurs ou diffuseurs de nous suivre dans cette aventure.<\/p>\n<p><b>Alessio Galbiati: Quel a \u00e9t\u00e9 le r\u00f4le d\u2019Enrico Ghezzi dans la construction du projet?<\/b><\/p>\n<p>Catherine Libert: Le premier rendez-vous que j\u2019ai pris avec Enrico pour parler de notre projet reste un souvenir m\u00e9morable. Il \u00e9tait de passage \u00e0 Paris (Enrico est l\u2019homme de passage par excellence). C\u2019\u00e9tait en janvier 2010, la ville \u00e9tait sous la neige. Mes amis du festival de Lucca \u00e9taient eux aussi \u00e0 Paris et ils m\u2019ont appel\u00e9 un matin pour me dire que nous avions rendez-vous avec Enrico aux studios LTC o\u00f9 il devait se rendre pour une vision technique du film de Straub \u00ab Le Streghe \u00bb. Nous avons donc d\u00e9couvert le chef d\u2019oeuvre de Straub dans ses deux versions (la fran\u00e7aise, sous-titr\u00e9e et l\u2019Italienne). Quand nous sommes sortis de la projection, nous nous sommes retrouv\u00e9s dans la neige, \u00e9blouis par la lumi\u00e8re de la for\u00eat de Buti, le texte de Pavese et les visages de Leuc\u00f2 et Circ\u00e9, Nous sommes all\u00e9s renouer avec la r\u00e9alit\u00e9 de cet hiver parisien au caf\u00e9 en face et nous avons entam\u00e9 la premi\u00e8re discussion sur \u00ab Les chemins de traverse \u00bb avec Enrico.<\/p>\n<p>Je partais de nulle part, je ne connaissais que deux ou trois cin\u00e9astes ind\u00e9pendants et mon envie de faire ce projet ressemblait au d\u00e9sir d\u2019une folle de construire un ch\u00e2teau en plein d\u00e9sert \u00e0 mains nues\u2026 \u00e7a n\u2019a pas eu l\u2019air de d\u00e9concerter Enrico qui s\u2019est mis \u00e0 me parler g\u00e9n\u00e9reusement pendant des heures des \u00ab cose mai viste \u00bb et de l\u2019incroyable vivacit\u00e9 d\u2019un cin\u00e9ma aujourd\u2019hui encore \u00e0 peine visible en Italie. Les noms ont commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9filer : Gaglianone, Tonino de Bernardi, Cipr\u00ec et Maresco, Ricci-Luchi et Gianikian, Paolo Benvenuti, Alina Marrazzi, Paolo Gioli, Beppe Gaudino, Isabella Sandri, Roberto Nanni, Rezza et Mastrella, Franco Brocani, Franco Piavoli\u2026 Autant de cin\u00e9mas singuliers, de fortes personnalit\u00e9s oeuvrant tous de mani\u00e8re tr\u00e8s diff\u00e9rente pour un cin\u00e9ma hors-normes \u00e0 l\u2019ombre des films commerciaux\u2026 Enrico a donc pos\u00e9 tous les jalons des \u00ab Chemins de traverse \u00bb en une apr\u00e8s-midi (\u00e0 l\u2019exception de quelques cin\u00e9astes que je devais d\u00e9couvrir par moi-m\u00eame plus tard), et son enthousiasme cin\u00e9phile pour l\u2019oeuvre et la vie de chacun nous a d\u00e9finitivement persuad\u00e9 que ce projet de documentaire sur le cin\u00e9ma ind\u00e9pendant en Italie m\u00e9ritait d\u2019\u00eatre v\u00e9cu et r\u00e9alis\u00e9.<\/p>\n<p>Au fil des mois qui suivirent cette rencontre, il m\u2019a nourri \u00e9norm\u00e9ment pour le film, sans jamais cependant m\u2019imposer, ni m\u00eame me sugg\u00e9rer une fa\u00e7on de r\u00e9aliser ce projet. Il se contentait de deposer des traces, des fragments pour me faire avancer dans mes recherches, me glissant un film ou l\u2019autre, un livre, une pens\u00e9e, au hasard de ses allers et venues \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Au fil de nos discussions, je me rendis compte que sa parole d\u00e9passait l\u2019inventaire d\u2019un cinema invisible en Italie. Sa r\u00e9flexion posait un lien par-del\u00e0 l\u2019identit\u00e9 de chacun de ces cineastes, par-del\u00e0 les genres (experimental, underground et m\u00eame ind\u00e9pendant). Il amenait un questionnement du cinema dans son essence m\u00eame, dans ce qui le constitue qu\u2019il soit commercial ou artisanal\u2026 Peu \u00e0 peu, j\u2019ai eu envie de filmer ces moments de discussions, de les saisir comme autant de pens\u00e9es parral\u00e8les qui s\u2019articuleraient autour de chaque rencontre avec les cin\u00e9astes. C\u2019est donc naturellement qu\u2019il est devenu le personnage central de mon film, tel que je l\u2019ai rencontr\u00e9 : un passeur (trag-egh-tattore) qui ferait le lien entre tous les territoires du cin\u00e9ma ind\u00e9pendant.<\/p>\n<p><b>Alessio Galbiati: Dans \u00ab Campi ardenti \u00bb il y a des nombreux moments de complicit\u00e9 qui se d\u00e9veloppent entre toi et Enrico Ghezzi. Tu arrives \u00e0 lui dire que, tr\u00e8s souvent, c\u2019est difficile de comprendre ce qu\u2019il dit. Lui m\u00eame fait entrer son fils Adelchi dans le cadrage. Tout \u00e7a donne une impression d\u2019une tr\u00e8s grande intimit\u00e9 entre vous, d\u2019une relation qui a le pouvoir de d\u00e9mystifier la figure d\u2019un des plus aim\u00e9s et controvers\u00e9s cin\u00e9philes d\u2019Italie (d\u2019Europe? Du monde entier?). J\u2019aimerais bien que tu nous fasse cadeau de quelques consid\u00e9rations sur lui. Pas un jugement, bien s\u00fbr, mais quelques consid\u00e9rations sur comment as tu entendu sa passion pour le cin\u00e9ma.<\/b><\/p>\n<p>Catherine Libert: Enrico est devenu un ami au fil des mois et des \u00e9v\u00e9nements qui accompagn\u00e8rent la r\u00e9alisation de ce film. Apr\u00e8s, j\u2019ai rencontr\u00e9 Adelchi et lui aussi est devenu un ami. Au-del\u00e0 du bonheur de cette double rencontre qui continue aujourd\u2019hui encore de me donner autant de surprises que de tr\u00e8s bonnes raisons de poursuivre mon film avec eux, je serais bien incapable de mettre des mots sur notre rapport et l\u2019intimit\u00e9 que cette relation donne \u00e0 sentir \u00e0 travers les images du film\u2026<\/p>\n<p>Par contre, oui, je pourrais passer des heures \u00e0 d\u00e9fendre contre vents et mar\u00e9es la n\u00e9cessit\u00e9, unique en son genre, que repr\u00e9sente \u00ab Fuori Orario \u00bb dans l\u2019histoire du cin\u00e9ma, non seulement en Italie, mais je n\u2019ai pas peur de dire dans toute l\u2019europe. Une \u00e9mission capable de programmer dix heures de films d\u2019Ozu en une semaine, des films de Michael Snow, de Jean-Marie Straub, d\u2019Artavazd Pelechian ou de Tonino de Bernardi, je pense qu\u2019il n\u2019y en a pas eu d\u2019autres dans l\u2019histoire de la t\u00e9l\u00e9vision. Enrico Ghezzi repr\u00e9sente donc la seule grande pens\u00e9e du cin\u00e9ma pour toute une g\u00e9n\u00e9ration de cin\u00e9astes en Italie. Il est en effet le seul \u00e0 faire encore aujourd\u2019hui le lien entre le plus petit cin\u00e9aste radical et l\u2019auteur le plus reconnu. Et je regrette r\u00e9guli\u00e8rement que cette bouff\u00e9e d\u2019air frais du cinema qui perdure depuis vingt ans soit aussi peu reconnue. \u00ab Cose mai viste \u00bb, en effet\u2026 Je le regretted d\u2019autant plus am\u00e8rement que les critiques que j\u2019ai pu entendre \u00e0 l\u2019encontre de \u00ab Fuori Orario \u00bb et de la pens\u00e9e d\u2019Enrico ne m\u2019ont jamais paru fond\u00e9es sur des raisons int\u00e9ressantes.<\/p>\n<p>Cette controverse imb\u00e9cile \u00e0 travers laquelle, j\u2019entends r\u00e9guli\u00e8rement qu\u2019il faudrait que Ghezzi soit \u00ab plus clair \u00bb dans ses propos me fait malheureusement trop souvent craindre que le langage t\u00e9l\u00e9visuel a d\u00e9j\u00e0 tellement perdu en soi sa capacit\u00e9 \u00e0 nous perdre, \u00e0 nous faire aimer la po\u00e9sie et les chemins qui bifurquent. Moi aussi, bien s\u00fbr, il m\u2019arrive de ne pas saisir tout ce qu\u2019il dit au cours de nos entretiens, c\u2019est une question de c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 (la \u201cvitesse\u201d de propagation d\u2019une perturbation dans un milieu). La pens\u00e9e d\u2019Enrico va tr\u00e8s vite, touche \u00e0 tout sur son passage, fuyant les lieux communs, les sentiers battus, elle r\u00e9v\u00e8le autant qu\u2019elle obscurcit parce qu\u2019il a cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 de ne pas juger, donc de ne pas avancer des v\u00e9rit\u00e9s toutes faites mais des questions qui peuvent t\u2019entra\u00eener, si tu les saisis au moment o\u00f9 elles te touchent, \u00e0 te formuler d\u2019autres questions. Je pense qu\u2019il y a eu tr\u00e8s peu de critiques de cin\u00e9ma (Daney bien s\u00fbr et Godard) qui ont eu cette exigence de ne jamais fixer des v\u00e9rit\u00e9s mais de laisser les questions comme autant de portes ouvertes \u00e0 prendre ou \u00e0 laisser. En pensant \u00e0 notre film, je crois qu\u2019il faut prendre la parole d\u2019Enrico comme un flux, un vrai moment de cin\u00e9ma parcouru d\u2019impacts qui frappent parfois tr\u00e8s fort. Je me souviens, lors de notre premier entretien, avoir \u00e9t\u00e9 perdue un moment devant sa pens\u00e9e qui sautait d\u2019un cin\u00e9ma \u00e0 l\u2019autre, d\u2019une notion \u00e0 l\u2019autre et tout d\u2019un coup, une parole est venue me frapper, ind\u00e9l\u00e9bile, elle continue de me hanter parce qu\u2019elle mettait en jeu non seulement le film en train de se faire mais le cours de ma vie de cin\u00e9aste, l\u2019enjeu et les raisons devant lesquels je me place \u00e0 chaque fois que je prends une image :<\/p>\n<p><i>\u00ab On est des images et en avoir conscience, ce n\u2019est pas si tranquille que \u00e7a. Alors on travaille avec notre image, on fait du bricolage, de la construction \u00e9pur\u00e9e, rigoureuse. Mais on sait qu\u2019on est dans une sorte de frivolit\u00e9 absolue. On est frivoles en soi. On est des jouets, des biscuits, des choses du genre\u2026 Et cette insatisfaction elle est le noyau dur du cin\u00e9ma. \u00bb<\/i><\/p>\n<p>Il est vrai aussi que lorsque l\u2019on fait des entretiens film\u00e9s, on attend souvent des r\u00e9ponses qu\u2019on avait imagin\u00e9es en \u00e9crivant ses questions, on dirige la parole de l\u2019autre vers ce que l\u2019on cherche \u00e0 dire soi. Etre pr\u00eat \u00e0 l\u00e2cher le discours que l\u2019on tente \u00e0 imposer \u00e0 travers le film \u00e7a demande une vraie g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, une curiosit\u00e9 qui permet de d\u00e9passer sa propre pens\u00e9e\u2026 C\u2019est ce qu\u2019Enrico m\u2019aura appris et m\u2019apprend encore \u00e0 chacun de nos entretiens\u2026 Je lui parle de \u00ab cin\u00e9ma ind\u00e9pendant \u00bb, il me r\u00e9pond \u00ab Bertolucci \u00bb et \u00e7a m\u2019\u00e9nerve ! Je suis d\u00e9j\u00e0 en train de penser au montage pendant l\u2019enregistrement et je me dis \u00ab je ne vais quand m\u00eame pas monter \u00e7a ! \u00bb. Et puis je suis le d\u00e9veloppement de sa pens\u00e9e et je me rends compte qu\u2019il me pousse \u00e0 aller au-del\u00e0 de mon syst\u00e8me, le r\u00eave d\u2019omnipotence d\u2019un cin\u00e9aste ultra-commercial qui cherche \u00e0 d\u00e9passer la machine-cin\u00e9ma dans laquelle il accomplit son travail c\u2019est aussi un r\u00eave d\u2019ind\u00e9pendance\u2026 En posant l\u2019ind\u00e9pendance comme une notion qui ne d\u00e9pendrait que des moyens qui la constituent, on ne va pas tr\u00e8s loin, on passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019essentiel : l\u2019ind\u00e9pendance d\u2019un langage cin\u00e9matographique (Ind\u00e9pendance : Propri\u00e9t\u00e9 d\u2019un axiome qui ne peut pas \u00eatre d\u00e9montr\u00e9 \u00e0 partir des autres axiomes de la th\u00e9orie dans laquelle il figure.)<br \/>\n\u2026<\/p>\n<p><b>Alessio Galbiati: Quelle diffusion\/distribution aura t-il \u00ab Campi ardenti \u00bb?<\/b><\/p>\n<p>Catherine Libert: Je suis nulle pour envisager ce genre de choses\u2026 Je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 une bonne m\u00e8re pour mes films, une fois qu\u2019ils sont con\u00e7us, je ne m\u2019en occupe plus, j\u2019ai trop d\u2019impatience \u00e0 passer au film suivant. L\u00e0 j\u2019ai la chance de travailler avec Stefano qui est sans doute plus attentif que moi \u00e0 ces choses-l\u00e0 et puis le but de ce film est aussi de faire conna\u00eetre les auteurs que nous filmons en Italie, du coup je me sens peut-\u00eatre plus responsable que pour mes films pr\u00e9c\u00e9dents\u2026 Nous allons donc d\u2019abord l\u2019envoyer \u00e0 la s\u00e9lection de quelques festivals (Torino, Cin\u00e9ma du R\u00e9el, Rotterdam, Berlin\u2026), mais apr\u00e8s, tout reste flou\u2026 Nous aimerions trouver un festival qui aurait envie de prendre un rendez-vous annuel avec nous, o\u00f9 nous pourrions \u00e0 chaque fois revenir pour pr\u00e9senter un nouvel \u00e9pisode des \u00ab Chemins de traverse \u00bb mais \u00e7a nous ne pourrons l\u2019envisager qu\u2019une fois que nous aurons r\u00e9alis\u00e9 le deuxi\u00e8me \u00e9pisode.<\/p>\n<p>J\u2019aimerais aussi, bien s\u00fbr, que le film ait une vraie existence en Italie, je voudrais pouvoir le montrer dans tout le pays, du nord au sud et qui sait, rencontrer d\u2019autres cin\u00e9astes po\u00e8tes, militants, r\u00e9sistants autonomes ou bricoleurs par ce biais. Mais comme la distribution est la blessure la plus profonde du cin\u00e9ma ind\u00e9pendant en Italie aujourd\u2019hui, je pense qu\u2019il faudra aller nous-m\u00eames trouver des diffuseurs, le film sous le bras, pour pouvoir le montrer. Le paysage culturel de l\u2019italie est d\u00e9vast\u00e9 mais le besoin de d\u00e9couvrir de nouvelles formes d\u2019expressions culturelles dans ce pays est intense et sans limites&#8230; Le but des \u00ab Chemins de traverse \u00bb est d\u2019ouvrir une porte \u00e0 ce cin\u00e9ma extr\u00eamement vivant&#8230; de permettre \u00e0 ces cin\u00e9astes de faire circuler leurs films (\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur mais aussi en-dehors du pays) et de les sortir de l\u2019isolement dans lequel ils sont contraints de travailler depuis des ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Ouvrir les portes, faire circuler les pens\u00e9es comme des courants d\u2019air frais, c\u2019est ce qu\u2019il y a de mieux \u00e0 faire aujourd\u2019hui, selon moi, pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019asphixie culturelle dont l\u2019Europe enti\u00e8re souffre.<\/p>\n<p><b>Alessio Galbiati: Est-ce que tu as consider\u00e9 la possibilit\u00e9 de diffuser le film sur internet, sur un site web qui propose des films en streaming, plut\u00f4t que dans un site totalement libre cr\u00e9e expr\u00e8s? Plus en g\u00e9n\u00e9ral, est-ce que tu penses que la distribution asphittique du cin\u00e9ma ind\u00e9pendant ne m\u00e9rite pas des contraints par les auteurs, des tentatives d\u2019aller au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9troit et r\u00e9siduel (et ruineuse) espace de vie \u00e0 lequel le march\u00e9 a d\u00e9sormais rel\u00e9gu\u00e9 ce type de film?<\/b><\/p>\n<p>Catherine Libert: Internet, je ne sais pas, moi-m\u00eame je ne regarde jamais de films par ce biais, j\u2019aime trop les salles, le grand \u00e9cran, la rencontre du film avec un public\u2026 Je ne suis ni pour ni contre l\u2019id\u00e9e de mettre une copie des \u00ab Champs br\u00fblants \u00bb sur le net dans la mesure o\u00f9 je ne fais pas le lien : ces images que l\u2019on peut t\u00e9l\u00e9charger-regarder sur un \u00e9cran d\u2019ordinateur ne sont pas notre film. Il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 r\u00eav\u00e9-tourn\u00e9-mont\u00e9 pour \u00e7a. Pour moi, internet est un outil d\u2019archives g\u00e9nial o\u00f9 l\u2019on peut d\u00e9couvrir l\u2019existence de tel ou tel film mais \u00e7a ne remplacera jamais la salle de cin\u00e9ma\u2026<\/p>\n<p>Et quant \u00e0 la question plus g\u00e9n\u00e9rale de la distribution du cin\u00e9ma ind\u00e9pendant, je me trompe peut-\u00eatre mais je crois depuis toujours \u00e0 la vie des films par eux-m\u00eames\u2026 Qu\u2019un film ne soit pas vu ne m\u2019inqui\u00e8te pas vraiment, je crois en l\u2019histoire du cin\u00e9ma, aux films retrouv\u00e9s. Il y a une telle profusion de films r\u00e9alis\u00e9s aujourd\u2019hui qu\u2019on ne distingue pas les choses importantes en train de se faire\u2026 C\u2019est ce que j\u2019apprends dans ma qu\u00eate du cin\u00e9ma ind\u00e9pendant italien. Si quelqu\u2019un a besoin de notre film un jour, il ira le rechercher par lui-m\u00eame\u2026 J\u2019ai donc envie de penser la distribution comme quelque chose qui r\u00e9siste au temps plut\u00f4t que comme une action imm\u00e9diate\u2026<\/p>\n<p>Envie de croire \u00e0 la force de ce cinema invisible et r\u00e9sistant comme le roseau face au ch\u00eane, ce cin\u00e9ma qu\u2019aucune temp\u00eate ne pourra an\u00e9antir, parce qu\u2019il reviendra toujours, libre et spontan\u00e9, comme les herbes folles le long des chemins de traverse.<\/p>\n<p><i>\u00abLes lucioles n\u2019ont disparu qu\u2019\u00e0 la vue de ceux qui ne sont plus \u00e0 la bonne place pour les voir \u00e9mettre leurs signaux lumineux. On tente de suivre la le\u00e7on de Walter Benjamin pour qui d\u00e9clin n\u2019est pas disparition. Il faut \u201corganiser le pessimisme\u201d disait Benjamin. et les images &#8211; pour peu qu\u2019elles soient rigoureusement et modestement pens\u00e9es, pens\u00e9es par exemple comme images-lucioles &#8211; ouvrent l\u2019espace pour une telle r\u00e9sistance.\u00bb<\/i><br \/>\n&#8211; Survivance des lucioles, Georges Didi-Huberman<\/p>\n<p>\n17-18 septembre 2010<\/font><\/p>\n<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" border=\"0\" src=\"http:\/\/www.rapportoconfidenziale.org\/wp-content\/uploads\/2010\/10\/libert_02.gif\" width=\"620\" height=\"188\"><\/p>\n<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\"><font color=\"#333333\"><font face=\"Georgia\" size=\"3\"><b>Intervista alla regista Catherine Libert<\/b><\/font><font style=\"font-size: 9pt\" face=\"Georgia\"><br \/>\ndi Alessio Galbiati<\/font><\/font><font face=\"Arial\" style=\"font-size: 9pt\"><\/p>\n<p><b>Alessio Galbiati: Da dove nasce il tuo amore, la passione, per l\u2019Italia ed il suo cinema?<\/b><\/p>\n<p>Catherine Libert: Sono cresciuta al fianco di un padre cinefilo e innamorato dell\u2019Italia. Il mio amore per il cinema \u00e8 nato dunque con Rossellini, le commedie di Tot\u00f2, Fellini, Risi, Rosi, Comencini\u2026 e pi\u00f9 tardi Pasolini e Antonioni\u2026 I nostri frequenti viaggi in Italia erano attraversati da tutte le immagini di questi film. Le loro voci, i loro volti, i loro paesaggi hanno assunto un significato quasi genealogico nella mia storia del cinema\u2026 Ed \u00e8 stato naturale che i miei primi desideri di fare film li abbia sentiti di volerli realizzare nella luce italiana\u2026 Ho quindi imparato a sviluppare le mie armi cinematografiche, ad affinare i miei strumenti, il mio sguardo, girando qualche film tra la Francia e il Belgio senza per\u00f2 mai abbandonare il mio primo desiderio legato al cinema: girare in Italia&#8230;.<\/p>\n<p><b>Alessio Galbiati: Come hai incontrato il cinema di Gaundri?<\/b><\/p>\n<p>Catherine Libert: Nell\u2019avviare le mie ricerche sui cineasti indipendenti in Italia, il nome di Gaudino ricorreva spesso. Sapevo che \u201cGiro di Luna\u201d era un film imprescindibile, un oggetto unico nel panorama del cinema italiano di questi ultimi trent\u2019anni. Ma \u00e8 stato per una coincidenza fortuita che ho incontrato Beppe una sera a Roma. In una libreria di Roma si teneva un piccolo ricevimento per presentare il DVD dei film di Roberto Nanni (molto giustamente intitolato \u201cOstinati\u201d). Roberto faceva parte dei cineasti indipendenti radicali che mi interessavano. Dopo la visione dei film, si tenne un dibattito sul cinema sperimentale di Roberto Nanni e pi\u00f9 in generale sul cinema indipendente in Italia. Un uomo prese la parola e si mise a fare un ritratto molto concreto sulla situazione del cinema d\u2019autore in Italia (con tanto di cifre a sostegno). Si lasciava trasportare nel descrivere la situazione d\u2019urgenza, invitando la piccola assemblea ancora presente al dibattito a mobilitarsi e a partecipare a diverse manifestazioni che stavano per avere luogo (in particolare alla Mostra del cinema di Venezia). Ha parlato anche dei movimenti di autori che si stavano organizzando gradualmente attorno alle rovine della cultura italiana. Malauguratamente il dibattito si concluse rapidamente a causa dell\u2019apertura del buffet&#8230;<\/p>\n<p>In seguito, continuai la conversazione con lui per un lungo tempo, prima di rendermi conto che quell\u2019uomo fosse Beppe Gaudino! Gli parlai del progetto legato ai miei film sul cinema indipendente italiano. Il seguito si svolse in maniera molto rapida. Il giorno seguente mi invit\u00f2 a casa sua, dove incontrai Isabella Sandri, sua compagna di vita e di cinema, e regista anch\u2019essa, e visionai tutti i loro film. Rimasi totalmente inghiottita dal loro universo, dalla bellezza delle loro ossessioni per tutto ci\u00f2 che resiste, come se il modo in cui vivevano il loro impegno cinematografico fosse ogni volta il soggetto evidente di ciascuna delle loro opere, la memoria di un mondo, la memoria di un cinema e dei mezzi per mantenere questo mondo-cinema in libert\u00e0&#8230;<br \/>\nUna settimana dopo, Stefano arrivava a Roma con la camera e iniziavamo a girare \u201cChamps br\u00fblants\u201d (\u201cCampi ardenti\u201d).<\/p>\n<p>Se l\u2019avventura di questo film ha potuto avere un avvio cos\u00ec rapido, fu per una evidenza meravigliosa e immediata nel nostro incontro. Un sentimento di amicizia e di riconoscimento cinematografico che continua a legarci\u2026 Non solo perch\u00e9 Beppe e Isabella sono capaci di una generosit\u00e0 fuori dal comune che \u00e8 legata innanzitutto alla loro curiosit\u00e0 per il mondo (la forza del loro cinema) ma anche perch\u00e9 ci siamo rapidamente resi conto parlando delle nostre vite-cinema, che attraversavamo le medesime gioie, le medesime difficolt\u00e0.<\/p>\n<p>Ancora oggi, quando vado a Roma, prima di prendere anche un solo appuntamento, vado prima da Beppe e Isabella, perch\u00e9 so che ci sar\u00e0 sempre una sublime pasta e fagioli o un pollo al rosmarino ad attendermi. \u00c8 un sentimento di famiglia-cinema al quale sono molto legata.<\/p>\n<p><b>Alessio Galbiati: Il catalogo di Locarno parla di \u201cCampi ardenti\u201d come quarto episodio di un viaggio in Italia alla ricerca del cinema indipendente ed artigiano. Quali sono gli altri episodi di questa serie chiamata \u201cVie Traverse\u201d? Con tutta sincerit\u00e0, rischiando il ridicolo, penso che probabilmente non esistano altri \u201cepisodi\u201d al di fuori di \u201cCampi ardenti\u201d, ho pensato addirittura sia stata l\u2019idea di compiere un\u2019azione situazionista a spingervi (tu e Stefano Canapa ne siete i produttori) ad irridere critica ed organizzatori del festival\u2026 sono pazzo?!<\/b><\/p>\n<p>Catherine Libert: La tua domanda mi fa sorridere, Alessio. Io e Stefano avremmo volentieri avuto la tracotanza e l\u2019umorismo necessari per lanciarci in questa azione situazionista facendo circolare una falsa promo per una serie. Per\u00f2 \u00e8 vero: \u201cLes Champs br\u00fblants\u201d fa parte di una serie di film (ancora da realizzare) che si intitola \u201cLes chemins de traverse\u201d in cui figureranno i ritratti di altri cineasti come quello che abbiamo realizzato con Beppe e Isabella. La cronologia degli episodi \u00e8 prima di tutto geografica: dal momento in cui ho iniziato ad appuntarmi i nomi dei cineasti che mi interessano su una carta geografica dell\u2019Italia, mi sono resa conto che non c\u2019\u00e8 alcuna identit\u00e0 nazionale a legare questi universi radicalmente diversi, perch\u00e9 le loro storie sociali e politiche sono differenti&#8230; La voglia di un \u201croad movie\u201d si \u00e8 quindi inserita sulla necessit\u00e0 di mostrare questi territori di cinema: filmare la traversata di un Paese come ha fatto Kramer con \u201cRoad One USA\u201d o Pasolini quando scrisse \u201cLa lunga strada di sabbia\u201d percorrendo l\u2019Italia da Nord a Sud e da Sud a Nord. Essendo molti i cineasti da incontrare, e molti i luoghi, ho immaginato il nostro progetto comporsi di una dozzina di episodi ognuno dei quali dedicato a una parte del Paese&#8230; Ci\u00f2 che sembra strano oggi \u00e8 che abbiamo girato il quarto episodio (o il quinto, o il sesto, lo vedremo in seguito) prima degli altri. Pervasi dall\u2019entusiasmo per l\u2019incontro con Beppe e Isabella, abbiamo iniziato il nostro percorso da Roma senza preoccuparci della rotta che ci eravamo prefissati di seguire (un modo per essere anche noi stessi indipendenti da qualsiasi obbligo).<\/p>\n<p>Il percorso di \u201cChemins de traverse\u201d parte infatti da Ventimiglia (laddove Pasolini iniziava il suo viaggio per \u201cLa lunga strada di sabbia\u201d), scende sul versante Est del Paese, fino in Sicilia, e quindi risale verso Nord, a Sal\u00f2 (laddove il paese e il cinema hanno conosciuto una sorta di fine). L\u2019episodio successivo che vorremmo girare sar\u00e0 quindi il primo, che si svolger\u00e0 da Ventimiglia a Torino, dove filmeremo Tonino De Bernardi\u2026 Per il momento, Non dir\u00f2 nulla dei successivi episodi in quanto non ho l\u2019accordo con i cineasti coinvolti\u2026 Questo colossale progetto richieder\u00e0 certamente molto tempo, possiamo intendere questo cammino come una sorta di appuntamento per i prossimi anni\u2026 Talvolta dico a me stessa che questa serie non giunger\u00e0 mai a compimento finch\u00e9 esister\u00e0 un cinema indipendente in Italia&#8230; Quindi pu\u00f2 essere che parleremo ancora dei film da realizzare per \u201cLes chemins de traverse\u201d per i prossimi vent\u2019anni\u2026<\/p>\n<p><b>Alessio Galbiati: Il documentario (poetico) in questione \u00e8, come il soggetto al centro della narrazione, un\u2019opera indipendente. All\u2019interno di \u201cCampi ardenti\u201d dai di questo modo di fare e concepire il cinema una definizione che ho trovato molto interessante, e che mi sento di condividere tout court: \u00abl\u2019indipendenza \u00e8 mantenere intatta l\u2019idea, l\u2019esigenza, originaria\u00bb. Quali dunque le idee e le esigenze che hanno dato origine a, mi ripeto, questo tuo viaggio in Italia?<\/b><\/p>\n<p>Catherine Libert: \u00c8 vero che il soggetto del film (il cinema indipendente, le sue esigenze e necessit\u00e0, tecniche e poetiche) \u00e8 l\u2019immagine stessa del film. La nascita del progetto (il primo desiderio) si colloca come un\u2019evidenza, a mia insaputa dovrei dire.<\/p>\n<p>Ho lavorato per un anno alla programmazione dei film inediti di Pierre Cl\u00e9menti con due amici: Alessandro di Francesco e Andrea Monti (programmisti del Festival di Lucca). Questo primo legame in Toscana mi ha permesso di gettare le basi del mio desiderio pi\u00f9 caro: girare in Italia. I film che avevo realizzato in precedenza in Belgio si sono sempre stati realizzati con un approccio autonomo e artigianale.<br \/>\nPrima di sapere che avrei girato in Italia, dovevo sapere come avrei potuto girare in Italia senza tradire il mio stile cinematografico, vale a dire nel modo pi\u00f9 libero possibile. D\u2019un tratto mi sono chiesta se ci fossero laboratori artigianali, se ci fossero dei collettivi di cineasti per scambiarsi materiali, come accade in Francia e Belgio, se ci fossero delle reti alternative di distribuzione. In poche parole: se ci fossero cineasti indipendenti in Italia\u2026 La risposta che ho ottenuto dai miei amici programmatori o cineasti \u00e8 stata unanime: c\u2019\u00e8 stato un cinema indipendente molto forte negli anni \u201870 (innestata in gran parte nella Cooperativa del cinema indipendente) ma oggi, il cinema indipendente \u00e8 morto\u2026 La domanda si \u00e8 fatta ossessiva, doveva per forza esistere da qualche parte in Italia un \u2018videoasta\u2019 impegnato a creare un film nella sua cucina. Allora ho iniziato a scrivere ad alcuni critici, cineasti e specialisti di cinema italiano ed improvvisamente mi sono resa conto che non stavo facendo altro che scrivere il mio film\u2026<\/p>\n<p>Poi un giorno, si \u00e8 verificato questo meraviglioso caso che mi ha permesso di incontrare Stefano Canapa, il mio compagno di strada per \u201cLes chemins de traverse\u201d. Stefano \u00e8 originario di Torino ma viveva a Parigi da dieci anni. I nostri percorsi cinematografici coincidevano per diversi luoghi e desideri cinematografici, facevamo entrambi parte della rete dei laboratori indipendenti, avevamo entrambi imparato lo sviluppo artigianale presso le stesse persone (Metemkine, gli Atelier MTK e Ad Libitum, L\u2019abominable\u2026) e avevamo una stessa maniera di inventare l\u2019indipendenza del nostro cinema. Stefano se n\u2019era andato da Torino lasciandosi alle spalle il progetto di un laboratorio S8, \u201cSuperotto mon amour\u201d, che aveva dovuto chiudere a causa dell\u2019assenza di adesioni. Il cinema verso il quale tendeva non esisteva in Italia, ma questo non metteva in discussione la sua voglia di girare nel Paese, ed il distacco non era mai stato superato. La mia ricerca sui cineasti indipendenti italiani si congiungeva con la sua voglia di tornare in Italia. Poco dopo il nostro incontro, ho scoperto il suo lavoro vedendo \u201cPetrolio\u201d, un film in 16mm realizzato con Emmanuel Lefrant. \u00c8 stato un autentico colpo di fulmine per le sue immagini in bianco e nero, per la padronanza di una materia elaborata in laboratorio partendo da pochi rulli e per la singolarit\u00e0 del suo sguardo.<\/p>\n<p>Abbiamo quindi deciso di lanciarci insieme in questa avventura in un lasso di tempo brevissimo. Questa collaborazione e questa amicizia sono stati i primi passi verso \u201cVie traverse\u201d, il secondo passo sarebbe stato poi mosso con Enrico Ghezzi (ma su questo torner\u00f2 pi\u00f9 tardi).<\/p>\n<p><b>Alessio Galbiati: Dal punto di vista produttivo\/economico come \u00e8 venuto al mondo \u201cCampi ardenti\u201d?<\/b><\/p>\n<p>Catherine Libert: Nicole Brenez, programmista alla Cineteca di Parigi, mi aveva dato carta bianca per presentare un primo abbozzo di un primo ritratto di un cineasta. Pensavo gi\u00e0 che comunque sarebbe stato necessario girare due o tre cose per vedere come avremmo assemblato questi incontri per poi poter scrivere il progetto su una base concreta. Abbiamo usato i nostri mezzi per comperare uno stock di pellicola a basso prezzo, chiesto in prestito una camera da Kodak e cercato amici che potessero ospitarci a Roma durante la lavorazione del film.<\/p>\n<p>Quando tu mi parli dell\u2019idea di conservare intatto il primo desiderio di girare un film, per noi si \u00e8 trattato soprattutto di realizzarlo in 16mm. Questo desiderio superava le nostre esigenze estetiche nel senso in cui si tratta di un film sulla storia del cinema. Ci pareva importante mantenere qualcosa di questa storia: la pellicola, l\u2019avanzamento a 24 immagini per secondo, la vita dell\u2019emulsione&#8230;<\/p>\n<p>La nostra prima idea era quella di presentare alla Cineteca una performance in cui avremmo proiettato una serie di rulli girati con Beppe e Isabella a guisa di traccia di un film che poi si sarebbe realizzato\u2026 Questo ci avrebbe permesso di girare poco. Avendo poca pellicola e poich\u00e9 le interviste che volevamo realizzare con i cineasti rischiavano di richiedere molti rulli, abbiamo deciso di girare queste con l\u2019aiuto di un piccolo apparecchio digitale. Una volta montato, ridotto all\u2019essenziale, abbiamo trasferito questo materiale in 16mm. Organizzando il girato per questa performance, mi \u00e8 venuta subito la voglia di montare delle sequenze e mi sono lasciata letteralmente inghiottire dalla materia, giorno e notte per quindici giorni. \u201cLes champs br\u00fblants\u201d \u00e8 nato quindi da questa effervescenza, quasi nostro malgrado, e ci siamo dovuti arrendere di fronte all\u2019evidenza che non ci sarebbe stata alcuna performance alla Cineteca ma solo un montaggio che avrebbe trovato la sua forma definitiva per la proiezione a Locarno.<\/p>\n<p>Quindi, non abbiamo chiesto alcun finanziamento per realizzare il film. E se \u00e8 vero che questo ci ha rovinati finanziariamente, eravamo nel contempo piuttosto fieri di poterlo presentare a Locarno come un progetto autonomo, senza alcun nome di casa di produzione o istituzione iscritta nei titoli. Abbiamo realizzato un film totalmente indipendente e questo ci ha permesso di iniziare un dibattito sull\u2019indipendenza nella maniera giusta. Oggi ci piacerebbe trovare i soldi necessari per sviluppare una copia in 16mm di \u201cChamps br\u00fblants\u201d. La copia Beta non corrisponde ancora al nostro desiderio cinematografico, manca ancora qualcosa di vivo tra il film e lo spettatore, il digitale rimane virtuale\u2026 Abbiamo bisogno di sentire le nostre immagini svolgersi a 24 immagini per secondo, di vedere la grana e la trasparenza dell\u2019emulsione, per vedere (e far vedere) il film come l\u2019abbiamo sognato all\u2019inizio.<\/p>\n<p>Per i prossimi episodi di \u201cChemins de traverse\u201d non andr\u00e0 nello stesso modo, abbiamo bisogno di finanziamenti per poter intraprendere questo lungo percorso, dobbiamo farci aiutare. Oggi abbiamo la fortuna di lavorare con alcuni amici produttori, cinefili e amanti del cinema italiano. Il nome della loro societ\u00e0 \u00e8 \u201cHouse on Fire\u201d, non avremmo potuto trovare di meglio per parlare dello slancio che ci spinge verso il progetto. In Italia la Gaundri (ovviamente) ci aiuta nel trovare le soluzioni per gettare le basi del seguito del documentario. Ritengo che il primo gesto, spontaneo e radicalmente indipendente, che abbiamo fatto realizzando \u201cLes champs br\u00fblants\u201d, fosse necessario non solo per essere in grado di parlare di indipendenza, ma anche per suscitare in altri cineasti, produttori o distributori, il desiderio di seguirci in questa avventura.<\/p>\n<p><b>Alessio Galbiati: Qual \u00e8 stato il ruolo di Enrico Ghezzi nella costruzione del progetto?<\/b><\/p>\n<p>Catherine Libert: Il primo appuntamento che ho preso con Enrico per parlare del nostro progetto resta un ricordo memorabile. Era di passaggio a Parigi (Enrico \u00e8 l\u2019uomo di passaggio per eccellenza). Era il gennaio del 2010, la citt\u00e0 era ricoperta di neve. Anche i miei amici del Festival di Lucca erano a Parigi e mi hanno chiamato una mattina per dirmi che avevamo appuntamento con Enrico agli studi LTC, dove doveva recarsi per una visione tecnica del film di Straub \u201cLe streghe\u201d. Abbiamo quindi scoperto il capolavoro di Straub nelle sue due versioni (la francese sottotitolata e l\u2019italiana). Quando siamo usciti dalla proiezione, ci siamo trovati nella neve, accecati dalla luce della foresta di Buti, il testo di Pavese e i volti di Leuc\u00f2 e Circe. Ci siamo riallineati alla realt\u00e0 dell\u2019inverno parigino nel caf\u00e8 di fronte ed abbiamo iniziato la prima conversazione su \u201cLes chemins de traverse\u201d con Enrico.<\/p>\n<p>Partivo dal nulla, non conoscevo che due o tre cineasti indipendenti e la mia voglia di realizzare questo progetto sembrava il desiderio di una folle che vuole costruire un castello a mani nude nel mezzo del deserto&#8230; questo non \u00e8 parso sconcertare Enrico che si \u00e8 messo generosamente a parlare per ore di \u201ccose mai viste\u201d e dell\u2019incredibile vivacit\u00e0 di un cinema oggi a stento visibile in Italia. I nomi hanno iniziato ad allinearsi: Gaglianone, Tonino De Bernardi, Cipr\u00ec e Maresco, Ricci-Luchi e Gianikian, Paolo Benvenuti, Alina Marrazzi, Paolo Gioli, Beppe Gaudino, Isabella Sandri, Roberto Nanni, Rezza e Mastrella, Franco Brocani, Franco Piavoli\u2026 Tanti modi singolari di fare cinema, forti personalit\u00e0 distinte che operano in modi molto differenti per un cinema fuori-norma all\u2019ombra del cinema commerciale&#8230; Enrico ha quindi gettato tutte le basi di \u201cChemins de traverse\u201d in un pomeriggio (ad accezione di qualche cineasta che avrei scoperto io stessa in seguito), e il suo entusiasmo cinefilo per le vite e le opere di ciascuno ci ha persuasi definitivamente sul fatto che questo progetto di documentario sul cinema indipendente in Italia meritava di essere vissuto e realizzato.<\/p>\n<p>Nei mesi che seguirono questo incontro, lui mi ha nutrito enormemente nello sviluppare il film, senza per\u00f2 mai impormi o nemmeno suggerire un modo per realizzarlo. Si accontentava di passarmi delle tracce, dei frammenti, per farmi avanzare nelle mie ricerche, inserendo anche un film o un altro, un libro, un pensiero, nella casualit\u00e0 dei suoi passaggi a Parigi.<\/p>\n<p>Sul filo delle nostre discussioni, mi resi conto che la sua parola oltrepassava l\u2019inventario di un cinema invisibile in Italia. La sua riflessione stabiliva un legame che andava al di l\u00e0 dell\u2019identit\u00e0 di ognuno tra i cineasti, che andava al di l\u00e0 dei generi (sperimentale, underground e anche indipendente). Portava un interrogarsi sul cinema nella sua stessa essenza, al di l\u00e0 di ci\u00f2 che costituisce ci\u00f2 che \u00e8 commerciale o artigianale\u2026 Poco a poco mi \u00e8 nata la voglia di filmare questi momenti di discussione, di coglierli come pensieri paralleli che si sarebbero articolati intorno a ogni incontro con i cineasti. \u00c8 stato quindi naturalmente che \u00e8 diventato il personaggio centrale del mio film: un traghettatore (passeur) che funge da legame tra tutti i territori del cinema indipendente.<\/p>\n<p><b>Alessio Galbiati: In \u201cCampi ardenti\u201d sono molti i momenti di complicit\u00e0 che si instaurano fra te ed Enrico Ghezzi\u2026 arrivi addirittura a dirgli che molto spesso non si capisce con chiarezza quel che vuol dire\u2026 lui stesso \u201cporta\u201d suo figlio, Adelchi, dentro all\u2019inquadratura\u2026 ci\u00f2 da una dimensione molto intima del vostro rapporto, un rapporto che ha la forza di demistificare la figura di uno dei cinefili pi\u00f9 amati e controversi d\u2019Italia (d\u2019Europa, del mondo?). Mi piacerebbe ci regalassi qualche tua considerazione su di lui, non certo un giudizio, ma alcune considerazioni su come hai intenso la sua passione per il cinema\u2026<\/b><\/p>\n<p>Catherine Libert: Enrico \u00e8 diventato un amico con il passare dei mesi e degli avvenimenti che avrebbero accompagnato la realizzazione del film. Dopo ho incontrato Adelchi e anche lui \u00e8 diventato un amico. Al di l\u00e0 della gioia suscitata da questo doppio incontro, che continua anche oggi a darmi tante sorprese quante buone ragioni per proseguire nel mio lavoro con loro, sarei incapace di dare un nome al nostro rapporto, all\u2019intimit\u00e0 che questa relazione fa cogliere attraverso le immagini del film\u2026<\/p>\n<p>Invece, potrei passare ore a difendere contro venti e maree la necessit\u00e0, unica nel suo genere, che rappresenta \u201cFuori orario\u201d nella storia del cinema, non solo in Italia, ma \u2013 non ho timore nel dirlo \u2013 in tutta l\u2019Europa. Una trasmissione in grado di programmare dieci ore di film di Ozu in una settimana, i film di Michael Snow, di Jean-Marie Straub, di Artavazd Pelechian o di Tonino De Bernardi, penso non esista nulla di simile nella storia della televisione. Enrico Ghezzi rappresenta quindi il solo grande pensiero sul cinema per tutta una generazione di cineasti in Italia. Egli \u00e8 rappresenta effettivamente l\u2019unico legame tra il piccolo cineasta radicale e l\u2019autore pi\u00f9 riconosciuto. Rimpiango regolarmente che questa ventata d\u2019aria cinematografica fresca che dura da vent\u2019anni sia anche cos\u00ec poco riconosciuta. \u201cCose mai viste\u201d&#8230; effettivamente. Mi amareggia ancora di pi\u00f9 il fatto che le critiche che ho potuto sentire in merito a \u201cFuori orario\u201d, o al pensiero di Enrico, non mi sono mai parse fondate su ragioni interessanti.<\/p>\n<p>Questa controversia imbecille che vuole regolarmente che Ghezzi debba essere \u201cpi\u00f9 chiaro\u201d nei suoi discorsi, mi fa purtroppo molto sovente rimpiangere il fatto che il linguaggio televisivo abbia gi\u00e0 perduto la sua capacit\u00e0 di farci smarrire, di farci amare la poesia ed i percorsi che si biforcano. Anche a me, ovviamente, capita di non riuscire ad afferrare tutto ci\u00f2 che dice nei nostri incontri. \u00c8 una questione di celerit\u00e0 (la \u201cvelocit\u00e0\u201d di propagazione di una perturbazione in un luogo). Il pensiero di Enrico \u00e8 molto veloce, tocca tutto nel suo passaggio, rifugge i luoghi comuni, i sentieri battuti, esso rivela tanto quanto oscura, perch\u00e9 possiede quella generosit\u00e0 nel non giudicare, non avanza verit\u00e0 assolute, bens\u00ec porta domande che possono travolgerti, se le afferri al momento in cui ti toccano, portandoti a formulare altre domande. Penso ci siano pochissimi critici di cinema (Daney, certo, e Godard) che abbiano sentito questa esigenza di non fissare mai delle verit\u00e0 ma di lasciare le domande come fossero porte aperte da prendere o lasciare. Pensando al nostro film, credo si debbano prendere la parole di Enrico come un flusso, un vero momento di cinema percorso da impatti che talvolta scuotono fortemente. Mi ricordo, al momento del nostro primo incontro, di essermi un momento persa davanti al suo pensiero che saltava da un cinema all\u2019altro, e poi, improvvisamente, una parola mi ha scossa indelebilmente, essa continua ad assillarmi perch\u00e9 non solo metteva in gioco il film in corso d\u2019opera ma anche il corso della mia vita da cineasta, la posta e le ragioni davanti alle quali mi pongo ogni volta che riprendo un\u2019immagine:<\/p>\n<p><i>\u00abNoi siamo delle immagini ed averne coscienza, non \u00e8 tranquillizzante come dirlo. Allora lavoriamo con la nostra immagine, facciamo del bricolage, della costruzione purificata, rigorosa. Ma sappiamo che ci troviamo in una sorta di frivolezza assoluta. Siamo frivoli dentro. Siamo giocattoli, biscotti, cose del genere&#8230; E questa insoddisfazione \u00e8 il nocciolo duro del cinema\u00bb.<\/i><\/p>\n<p>\u00c8 vero che, dal momento che si realizzano interviste filmate, ci si attende spesso risposte che avevamo gi\u00e0 immaginato scrivendo le domande, si dirige la parola dell\u2019altro verso ci\u00f2 che cerchiamo di dire noi stessi. Essere pronti a lasciare il discorso che si tenta di imporre attraverso il film richiede un\u2019autentica generosit\u00e0, una curiosit\u00e0 che permetta di superare il proprio pensiero&#8230; Questo \u00e8 ci\u00f2 che Enrico mi ha insegnato e ancora mi insegna a ogni nostro incontro&#8230; Io gli parlo di \u201ccinema indipendente\u201d e lui mi risponde \u201cBertolucci\u201d e questo mi innervosisce! Sto gi\u00e0 pensando al montaggio nel corso della registrazione e mi trovo a pensare: \u201cQuesto non lo monter\u00f2 nemmeno!\u201d. Poi seguo lo sviluppo del suo pensiero e mi rendo conto che mi spinge ad andare al di l\u00e0 della struttura del mio sistema di pensiero, il sogno di onnipotenza di un cineasta ultra-commerciale che cerca di oltrepassare la macchina-cinema in cui il suo lavoro si svolge \u00e8 anch\u2019esso un sogno di indipendenza\u2026 Ponendo l\u2019indipendenza come una nozione che non dipenderebbe che dai mezzi di sostegno, non si va troppo lontani, si sfiora l\u2019essenziale: l\u2019indipendenza di un linguaggio cinematografico. (Indipendenza: propriet\u00e0 di un assioma che non pu\u00f2 essere dimostrato partendo da altri assiomi della teoria in cui figura).<\/p>\n<p><b>Alessio Galbiati: Quale circolazione\/distribuzione avr\u00e0 \u201cCampi ardenti\u201d?<\/b><\/p>\n<p>Catherine Libert: Sono negata nel considerare questo genere di cosa&#8230; Non sono mai stata una buona madre per i miei film. Un volta concepiti, non me ne occupo pi\u00f9. Vivo troppo l\u2019impazienza di passare al film successivo. Qui ho la fortuna di lavorare con Stefano, che \u00e8 indubbiamente pi\u00f9 attento di me a questo aspetto. Poi lo scopo del film \u00e8 anche quello di far conoscere gli autori che filmiamo in Italia e quindi sento improvvisamente una maggiore responsabilit\u00e0 rispetto a quella per i miei film precedenti&#8230; Quindi, lo manderemo prima di tutto alle selezioni di qualche festival (Torino, Cin\u00e9ma du R\u00e9el, Rotterdam, Berlino\u2026), ma ci\u00f2 che succeder\u00e0 dopo resta sfuocato\u2026 Ci piacerebbe trovare un festival che avesse voglia di prendere con noi un appuntamento annuale per potervi tornare ad ogni edizione con un nuovo episodio di \u201cChemins de Traverse\u201d ma questo non potr\u00e0 essere immaginato se non una volta che avremo realizzato il secondo episodio. Certo, mi piacerebbe che il film avesse una vera esistenza in Italia. Vorrei poterlo mostrare in tutto il Paese, dal Nord al Sud, e, chiss\u00e0, incontrare in questo percorso di sbieco altri cineasti, poeti, militanti, resistenti autonomi, esperti di fai da te. Per\u00f2, poich\u00e9 la distribuzione \u00e8 oggi la ferita pi\u00f9 profonda del cinema indipendente in Italia, penso che dovremmo andare noi stessi con il film sotto il braccio a trovare dei distributori, per poterlo mostrare. Il paesaggio culturale italiano \u00e8 devastato ma il bisogno di scoprire nuove forme espressive culturali \u00e8 intenso e privo di limiti&#8230; Lo scopo di \u201cChemins de traverse\u201d \u00e8 quello di aprire una porta a questo cinema estremamente vivo\u2026 di permettere a questi cineasti di fare circolare le loro opere (sia all\u2019interno che all\u2019esterno del Paese) e di farli uscire dall\u2019isolamento nel quale sono costretti a lavorare da diversi anni.<\/p>\n<p>Aprire le porte, fare circolare i pensieri come fossero correnti di aria fresca, \u00e8 la cosa migliore che si possa fare al giorno d\u2019oggi, secondo me, per fuggire dall\u2019asfissia culturale di cui soffre l\u2019Europa intera.<\/p>\n<p><b>Alessio Galbiati: Non hai mai pensato alla possibilit\u00e0 di renderlo disponibile online, su di un qualche sito che offra cinema in streaming, piuttosto che in maniera completamente libera con un sito ad hoc? Non pensi pi\u00f9 in generale che l\u2019asfittica distribuzione di cinema indipendente non meriti forzature da parte degli autori, tentativi di oltrepassare l\u2019angusto e residuale (rovinoso) spazio di vita a cui il mercato ha oramai relegato questo tipo di cinema?<\/b><\/p>\n<p>Catherine Libert: Internet, non saprei, nemmeno io guardo mai i film attraverso questo mezzo, amo troppo le sale, il grande schermo, l\u2019incontro di un film con il suo pubblico&#8230; Non sono contraria all\u2019idea di mettere una copia di \u201cChamps br\u00fblants\u201d sulla rete, a condizione che non sia io il tramite: quelle immagini che si possono guardare e scaricare sullo schermo di un computer non sono il nostro film. Per me il computer \u00e8 un mezzo di archiviazione geniale grazie al quale si pu\u00f2 scoprire l\u2019esistenza di quel film o di un altro ma non sostituir\u00e0 mai la sala cinematografica\u2026<\/p>\n<p>In quanto alla questione pi\u00f9 generale della distribuzione del cinema indipendente, magari mi sbaglio ma credo da sempre alla vita autonoma dei film\u2026 Che un film non venga visto non mi inquieta veramente, credo nella storia del cinema, ai film riscoperti. C\u2019\u00e8 una tale profusione di film realizzati oggi da non distinguere le cose importanti che si stanno facendo\u2026 \u00c8 ci\u00f2 che sto apprendendo nella mia ricerca sul cinema indipendente italiano. Se qualcuno avr\u00e0 bisogno del nostro film un giorno, lo cercher\u00e0 lui stesso\u2026 Ho voglia di pensare alla distribuzione come a una cosa che resiste al tempo piuttosto che a un\u2019azione immediata\u2026<\/p>\n<p>Voglia di credere alla forza di questo cinema invisibile e resistente come una canna di fronte a una quercia, questo cinema che alcuna tempesta potr\u00e0 annientare, perch\u00e9 torner\u00e0 sempre, libero e spontaneo come le erbe selvatiche lungo le vie traverse.<\/p>\n<p><i>\u00abLe lucciole sono scomparse alla vista soltanto di coloro che non sono pi\u00f9 nella giusta posizione per vederle emettere i loro segnali luminosi. Tentiamo di seguire la lezione di Walter Benjamin per cui declino non significa scomparsa. Occorre organizzare il pessimismo, diceva Benjamin. E le immagini &#8211; per quanto poco siano rigorosamente e modestamente pensare, pensate per esempio come immagini-lucciole \u2013 aprono lo spazio per una resistenza simile\u00bb.<\/i><br \/>\n&#8211; Surviance des lucioles, Georges Didi-Huberman.<\/p>\n<p>\n17-18 settembre 2010 \/\/\/ traduzione a cura di RR<\/font><\/p>\n<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin-top: 0; margin-bottom: 0\">&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il presente articolo \u00e8 stato pubblicato su Rapporto Confidenziale numero28 (speciale 2010), pp. 50-57 all\u2019interno di RC:speciale 63\u00b0 Festival del film Locarno 4-14 | 8 | 2010 &nbsp; N\u00e9e \u00e0 Li\u00e8ge en 1971, Catherine Libert fait ses \u00e9tudes en r\u00e9alisation cin\u00e9ma \u00e0 l\u2019INSAS \u00e0 Bruxelles. 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