Entretien avec la réalisatrice Catherine Libert (fra+ita)

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Il presente articolo è stato pubblicato su Rapporto Confidenziale numero28 (speciale 2010), pp. 50-57
all’interno di RC:speciale 63° Festival del film Locarno 4-14 | 8 | 2010

 

Née à Liège en 1971, Catherine Libert fait ses études en réalisation cinéma à l’INSAS à Bruxelles. Elle entame son parcours en tournant un court métrage de fiction dans des conditions classiques de production et très vite, se rend compte que son envie cinématographique n’est pas là. Les films qu’elle réalise ensuite, tournés en 16 mm et développés artisanalement, se sont donc inscrits dans une démarche de plus en plus indépendante, poétique et expérimentale.

 

Catherine Libert è nata a Liegi nel 1971. Studia regia cinematografica all’INSAS a Bruxelles. Esordisce realizzando un cortometraggio di finzione in condizioni produttive classiche e in breve tempo si rende conto di desiderare un altro cinema. I film che realizza in seguito, girati in 16 mm e sviluppati artigianalmente, rispondono quindi a un approccio sempre più indipendente, poetico e sperimentale.

Les Champs brûlants (Campi ardenti)
Catherine Libert
Francia – 2010 – Beta digital – colore e b/n – 72’
recensione a cura di Alessio Galbiati in

RC numero28 (speciale 2010), p. 48-49
ed in versione html sul
sito di RC

 

 

 

Entretien avec la réalisatrice Catherine Libert

by Alessio Galbiati

Alessio Galbiati: D’où vient t-il ton amour pour le cinéma italien?

Catherine Libert: J’ai grandi auprès d’un père cinéphile et amoureux de l’Italie. Mon amour du cinéma est donc né avec Rossellini, les comédies de Toto, Fellini, Risi, Rosi, Comencini… et plus tard Pasolini et Antonioni… Nos fréquents voyages en Italie étaient traversés par toutes les images de ces films. Leurs voix, leurs visages, leurs paysages ont pris un sens quasi généalogique dans mon histoire du cinéma… Et c’est naturellement que mes premières envies de faire des films c’est dans la lumière italienne que je les ai senties… J’ai donc appris à faire mes armes cinématographiques, à peaufiner mes outils, mon regard, en tournant quelques films entre la France et la Belgique mais sans jamais lâcher mon premier désir de cinéma : tourner en Italie…

Alessio Galbiati: Comment as-tu découvert le cinéma de Gaundri?

Catherine Libert: En entamant mes recherches sur les cinéastes indépendants en Italie, le nom de Gaudino revenait évidemment souvent. Je savais que « Giro di luna » était un film incontournable, un objet unique dans le paysage du cinéma italien de ces trente dernières années. Mais c’est par le plus grand des hasards que je suis tombée sur Beppe un soir à Rome. Il y avait une petite réception dans une librairie pour présenter le dvd des films de Roberto Nanni (très justement appelé « Ostinati »). Roberto faisait partie des cinéastes radicaux indépendants qui m’intéressaient. Après la vision des films, il y a eu un débat autour du cinéma expérimental de Roberto Nanni et plus généralement autour du cinéma indépendant en Italie. Un homme a pris la parole et s’est mis à tracer un tableau très concret sur la situation du cinéma d’auteur en Italie (chiffres à l’appui). Il s’emportait en décrivant la situation d’urgence, invitant la petite assemblée encore présente au débat à se mobiliser et à participer à différentes manifestations qui allaient avoir lieu (notamment au festival de Venise). Il parlait également de mouvements d’auteurs qui s’organisaient peu à peu autour des ruines de la culture italienne. Le débat s’est malheureusement rapidement achevé parce que le buffet venait d’ouvrir…

Après, j’ai poursuivi la conversation un long moment avec lui avant de me rendre compte que cet homme était Beppe Gaudino ! Je lui ai parlé de mon projet de films sur le cinéma indépendant en Italie. La suite s’est déroulée très vite. Le lendemain, il m’a invitée chez lui, j’ai rencontré Isabella Sandri, sa compagne de vie-cinéma, elle aussi réalisatrice et j’ai visionné tous leurs films. J’ai été totalement engloutie par leurs univers, la beauté de leur obsession face à tout ce qui résiste, comme si la façon dont ils vivaient leur engagement cinématographique était à chaque fois le sujet évident de chacune de leurs oeuvres, la mémoire d’un monde, la mémoire d’un cinéma et les moyens de tenir encore ce monde-cinéma en liberté aujourd’hui… Une semaine plus tard, Stefano arrivait à Rome avec la caméra et nous entamions le tournage des « Champs brûlants ».

Si l’aventure de ce film a pu démarrer aussi vite, c’est qu’il y a eu une évidence immédiate et merveilleuse dans notre rencontre. Un sentiment d’amitié et de reconnaissance cinématographique qui continue de nous lier… Non seulement parce que Beppe et Isabella ont une générosité hors du commun qui tient avant tout à leur curiosité face au monde (la force de leur cinéma) mais aussi parce que nous nous sommes vites rendus compte en parlant de nos vie-cinéma que nous traversions les mêmes joies, les mêmes difficultés…

Dès que je vais à Rome à présent, avant de prendre un seul rendez-vous, je vais d’abord chez Beppe et Isabella, je sais qu’il y aura toujours un sublime pasta e fagioli ou un pollo al rosmarino qui m’attend… C’est un sentiment de famille-cinéma auquel je suis très attachée…

Alessio Galbiati: Le catalogue du Festival de Locarno parle de « Campi ardenti » comme du quatrième chapitre d’un voyage en Italie à la recherche du cinéma indépendant et artisan. Quels sont les autres épisodes de cette série intitulée «Vie traverse»? En toute sincérité, je sais de risquer le ridicule en disant ça, je pense que probablement il n’y a pas d’autres episodes au dehors de « Campi ardenti ». J’ai même pensé que vous avez (toi et Stefano Canapa qui êtes les producteurs) eté poussés par l’idée de mettre en place une action situationniste pour vous vous moquer de la critique et des organisateurs du festival … est-ce que je suis fou?!

Catherine Libert: Ta question me fait sourire, Alessio. Stefano et moi aurions volontiers eu l’outrecuidance et l’humour nécessaire pour nous lancer dans cette action situationniste en faisant miroiter une fausse promo pour une série mais c’est pourtant vrai : « Les Champs brûlants » font partie d’une série de films (encore à faire) qui s’appelle « Les Chemins de traverse » dans lequel figureront d’autres portraits de cinéastes comme celui que nous avons réalisé avec Beppe et Isabella. La chronologie des épisodes est avant tout géographique: lorsque j’ai commencé à inscrire les noms des cinéastes qui m’intéressaient sur une carte d’Italie, je me suis rendue compte qu’aucune identité nationale ne liait ces univers radicalement différents parce que leurs histoires sociales et politiques étaient tout aussi différentes… L’envie du road movie s’est donc inscrite sur cette nécessité de montrer ces territoires de cinéma : filmer une traversée du pays comme le faisait Kramer dans « Road One Usa » ou Pasolini lorsqu’il écrivait la « Lunga strada di sabbia » parcourant l’Italie du nord au sud et du sud au nord. Comme il y a beaucoup de cinéastes a rencontrer, beaucoup de lieux, j’ai imaginé notre projet en une douzaine d’épisodes chaque fois consacrés à une partie du pays… Ce qui paraît étrange aujourd’hui, c’est que nous avons tourné l’épisode n°4 (ou 5 ou 6, ça on verra plus tard) avant les autres. Emportés par l’enthousiasme de la rencontre avec Beppe et Isabella, nous avons commencé notre parcours à Rome sans nous soucier de la feuille de route que nous nous étions fixés (une façon d’être nous-mêmes indépendants de toute contrainte).

Le parcours des « Chemins de traverse » part en fait de Vintimiglia (là où Pasolini entamait son voyage pour « La Lunga strada di sabbia »), descend sur le versant est du pays jusqu’en Sicile et puis remonte vers le Nord jusqu’à Salò (là où le pays et le cinéma ont eu une fin d’histoire quelque part…). Le prochain épisode que nous voulons tourner sera donc le n°1 qui se passera de Vintimiglia à Turin où nous filmerons Tonino de Bernardi… Pour la suite, je ne parlerai pas des prochains épisodes tant que je n’ai pas l’accord des cinéastes concernés… Ce projet colossal prendra bien sûr beaucoup de temps, on peut envisager les chemins comme une suite de rendez-vous à venir au cours des prochaines années… Parfois, je me dis même que cette série ne s’achèvera pas tant qu’il y aura un cinéma indépendant en Italie… Donc peut-être parlerons-nous encore de films à faire pour « Les chemins de traverse » dans vingt ans…

Alessio Galbiati: Le documentaire (poétique) en question, comme le sujet au centre du récit, est un travail indépendant. Dans « Campi ardenti » tu donnes à cette façon de faire et de concevoir le cinéma une définition que j’ai trouvé très intéressante et que je veux partager: “Indépendance signifie garder intacte l’idée, l’exigeance d’origine”. Alors quelles sont les idées et les besoins qui ont donné lieu, à nouveau, à ton voyage en Italie?

Catherine Libert: C’est vrai que le sujet du film (le cinéma indépendant, ses exigences et ses nécessités techniques et poétiques) sont à l’image du film. La naissance du projet (le premier désir) s’est inscrite comme une évidence, à mon insu devrais-je dire.

J’ai travaillé une année sur la programmation des films inédits de Pierre Clémenti avec deux amis Alessandro di Francesco et Andrea Monti (programmateurs au festival de Lucca). Ce premier lien en Toscane m’a permit de poser les bases de mon désir le plus cher: tourner en Italie. Les films que j’avais réalisés auparavant en Belgique se sont toujours inscrits dans une démarche autonome et artisanale.
Avant de savoir ce que j’allais tourner en Italie, je devais donc savoir comment je pourrais tourner en Italie sans trahir mon geste cinématographique, c’est-à-dire de la manière la plus libre qui soit. Du coup je me suis demandée s’il y avait des laboratoires artisanaux, s’il y avait des collectifs de cinéastes pour s’échanger du matériel comme ça se fait en France ou en Belgique, s’il y avait des réseaux alternatifs de distribution, bref s’il y avait des cinéastes indépendants en Italie… La réponse que j’ai trouvée auprès de mes amis programmateurs ou cinéphiles était unanime: il y a eu un cinéma indépendant très fort dans les années ‘70 (greffé en grande partie à la Cooperativa del cinema indipendente) mais aujourd’hui, le cinéma indépendant était mort… La question est devenue obsédante, il devait bien y avoir quelque part un petit vidéaste en train de bricoler un film dans sa cuisine en Italie, alors j’ai commencé à écrire à des critiques, des cinéastes, des spécialistes du cinéma italien et à un moment je me suis rendue compte que je ne faisais plus que ça, j’étais en train d’écrire mon film…

Et puis un jour, il y eut ce merveilleux hasard qui m’a permis de rencontrer Stefano Canapa. mon compagnon de route des « Les chemins de traverse ». Stefano était originaire de Turin mais vivait à Paris depuis dix ans. Notre parcours cinématographique coïncidait à beaucoup de lieux et de désirs cinématographiques, nous faisions tous les deux partie du réseau des laboratoires indépendants, nous avions appris le travail de développement artisanal auprès des mêmes gens (Metemkine, les Ateliers MTK et Ad Libitum, L’abominable…) et nous avions (à peu de choses près) une même façon d’inventer l’indépendance de notre cinéma. Stefano avait quitté Turin en laissant derrière lui le projet d’un labo S8 « superotto mon amour » qui faute de trouver des adhérents avait dû fermer ses portes. Le cinéma vers lequel il tendait n’existait pas en Italie, mais ça ne remettait pas en cause son envie d’y tourner, cette séparation ne fut donc jamais complètement dépassée. Ma recherche sur les cinéastes indépendants italiens rejoignait son envie de retourner en Italie. Peu de temps après notre rencontre, j’ai découvert son travail en voyant « Petrolio », un film 16 mm qu’il jouait en performance avec Emmanuel Lefrant. Et j’ai eu un véritable coup de foudre pour le travail de ses images noir et blanc, la maîtrise d’une matière travaillée en labo à partir de peu de rushes et la singularité de son regard.

Nous avons donc décidé de nous lancer ensemble dans cette aventure en très peu de temps. Cette collaboration et cette amitié furent le premier point de départ de « Vie traverse », le second allait se réaliser avec Enrico Ghezzi (mais ça j’y reviendrai plus tard…).

Alessio Galbiati: À partir du point de vue productif-économique comment est-il né « Campi ardenti »?

Catherine Libert: Nicole Brenez, programmatrice à la cinémathèque à Paris m’avait un jour laissé une carte blanche pour présenter une esquisse d’un premier portrait de cinéaste. Moi je pensais de toute manière qu’il fallait déjà tourner deux-trois choses et voir comment nous allions mettre en place ces rencontres pour pouvoir ensuite écrire le projet sur une base concrète. Nous avons donc utilisé nos économies pour acheter des stocks de pellicule à bas prix, emprunté une caméra chez Kodak et cherché des amis pour nous héberger à Rome pendant la réalisation du film…

Quand tu me parles de cette idée de conserver intact le premier désir de faire un film, pour nous ce fut avant toute chose le désir de faire ce film en 16 mm. Ce désir dépassait nos exigences esthétiques dans le sens où c’est un film sur l’histoire du cinéma. Il nous paraissait important de tenir quelque chose de cette histoire : la pellicule, le défilement à 24 images/seconde, la vie de l’émulsion…

Notre première idée était de présenter une performance à la cinémathèque dans laquelle nous aurions projeté une série de rushes tournés avec Beppe et Isabella en guise d’esquisse d’un film à venir… Cela nous permettait de tourner peu, Comme nous avions peu de pellicule et que les entretiens que nous voulions réaliser avec les cinéastes risquaient de demander beaucoup de rushes, nous avons décidé de tourner ceux-ci à l’aide d’un petit appareil numérique. Une fois montée, réduite à l’essentiel, nous avons kinéscopé cette matière en 16 mm. En organisant les rushes pour la performance, très vite j’ai eu envie de monter des séquences et je me suis littéralement laissée engloutir par la matière, jour et nuit pendant quinze jours. « Les champs brûlants » est donc né de cette effervescence, presque malgré nous et nous avons dû nous rendre à l’évidence qu’il n’y aurait pas de performance à la cinémathèque mais un montage presqu’achevé qui allait trouver sa forme définitive pour la projection de Locarno.

Nous n’avons donc demandé aucun financement pour réaliser ce film. Et s’il est vrai qu’il nous a ruiné financièrement, on était plutôt fiers de le présenter à Locarno comme un objet parfaitement autonome, sans aucun nom de boîte de production ou d’institution financière au générique. Nous avons fait un film totalement indépendant, cela nous permettait déjà de poser le débat sur l’indépendance au bon endroit. Aujourd’hui, nous aimerions juste trouver l’argent nécessaire pour tirer une copie 16 mm des « Champs brûlants ». La copie Béta du film ne répond pas encore à nos envies cinématographiques, il y a encore quelque chose qui se retient de vivre entre le film et le spectateur, le numérique reste virtuel… Nous avons besoin de sentir nos images défiler à 24 images/secondes, de voir le grain et la transparence de l’émulsion, pour voir (donner à voir) le film comme nous l’avons rêvé au départ.

Maintenant, pour les prochains épisodes des « Chemins de traverse », ce ne sera pas pareil, nous devons trouver des financements pour entamer ce long parcours, nous faire aider. Nous avons la chance de travailler à présent avec des amis producteurs, cinéphiles et amoureux du cinéma italien, le nom de leur société c’est « House on fire », on ne pouvait pas trouver mieux pour parler de l’élan qui nous pousse dans notre projet. En Italie, la Gaundri (évidemment) nous aide aussi à chercher les solutions pour mettre en place la suite du documentaire. Je pense que ce premier geste, spontané et radicalement indépendant que nous avons posé en réalisant « Les Champs brûlants » était nécessaire, non seulement pour être capables de parler de l’indépendance mais aussi pour donner le désir à d’autres cinéastes, producteurs ou diffuseurs de nous suivre dans cette aventure.

Alessio Galbiati: Quel a été le rôle d’Enrico Ghezzi dans la construction du projet?

Catherine Libert: Le premier rendez-vous que j’ai pris avec Enrico pour parler de notre projet reste un souvenir mémorable. Il était de passage à Paris (Enrico est l’homme de passage par excellence). C’était en janvier 2010, la ville était sous la neige. Mes amis du festival de Lucca étaient eux aussi à Paris et ils m’ont appelé un matin pour me dire que nous avions rendez-vous avec Enrico aux studios LTC où il devait se rendre pour une vision technique du film de Straub « Le Streghe ». Nous avons donc découvert le chef d’oeuvre de Straub dans ses deux versions (la française, sous-titrée et l’Italienne). Quand nous sommes sortis de la projection, nous nous sommes retrouvés dans la neige, éblouis par la lumière de la forêt de Buti, le texte de Pavese et les visages de Leucò et Circé, Nous sommes allés renouer avec la réalité de cet hiver parisien au café en face et nous avons entamé la première discussion sur « Les chemins de traverse » avec Enrico.

Je partais de nulle part, je ne connaissais que deux ou trois cinéastes indépendants et mon envie de faire ce projet ressemblait au désir d’une folle de construire un château en plein désert à mains nues… ça n’a pas eu l’air de déconcerter Enrico qui s’est mis à me parler généreusement pendant des heures des « cose mai viste » et de l’incroyable vivacité d’un cinéma aujourd’hui encore à peine visible en Italie. Les noms ont commencé à défiler : Gaglianone, Tonino de Bernardi, Ciprì et Maresco, Ricci-Luchi et Gianikian, Paolo Benvenuti, Alina Marrazzi, Paolo Gioli, Beppe Gaudino, Isabella Sandri, Roberto Nanni, Rezza et Mastrella, Franco Brocani, Franco Piavoli… Autant de cinémas singuliers, de fortes personnalités oeuvrant tous de manière très différente pour un cinéma hors-normes à l’ombre des films commerciaux… Enrico a donc posé tous les jalons des « Chemins de traverse » en une après-midi (à l’exception de quelques cinéastes que je devais découvrir par moi-même plus tard), et son enthousiasme cinéphile pour l’oeuvre et la vie de chacun nous a définitivement persuadé que ce projet de documentaire sur le cinéma indépendant en Italie méritait d’être vécu et réalisé.

Au fil des mois qui suivirent cette rencontre, il m’a nourri énormément pour le film, sans jamais cependant m’imposer, ni même me suggérer une façon de réaliser ce projet. Il se contentait de deposer des traces, des fragments pour me faire avancer dans mes recherches, me glissant un film ou l’autre, un livre, une pensée, au hasard de ses allers et venues à Paris.

Au fil de nos discussions, je me rendis compte que sa parole dépassait l’inventaire d’un cinema invisible en Italie. Sa réflexion posait un lien par-delà l’identité de chacun de ces cineastes, par-delà les genres (experimental, underground et même indépendant). Il amenait un questionnement du cinema dans son essence même, dans ce qui le constitue qu’il soit commercial ou artisanal… Peu à peu, j’ai eu envie de filmer ces moments de discussions, de les saisir comme autant de pensées parralèles qui s’articuleraient autour de chaque rencontre avec les cinéastes. C’est donc naturellement qu’il est devenu le personnage central de mon film, tel que je l’ai rencontré : un passeur (trag-egh-tattore) qui ferait le lien entre tous les territoires du cinéma indépendant.

Alessio Galbiati: Dans « Campi ardenti » il y a des nombreux moments de complicité qui se développent entre toi et Enrico Ghezzi. Tu arrives à lui dire que, très souvent, c’est difficile de comprendre ce qu’il dit. Lui même fait entrer son fils Adelchi dans le cadrage. Tout ça donne une impression d’une très grande intimité entre vous, d’une relation qui a le pouvoir de démystifier la figure d’un des plus aimés et controversés cinéphiles d’Italie (d’Europe? Du monde entier?). J’aimerais bien que tu nous fasse cadeau de quelques considérations sur lui. Pas un jugement, bien sûr, mais quelques considérations sur comment as tu entendu sa passion pour le cinéma.

Catherine Libert: Enrico est devenu un ami au fil des mois et des événements qui accompagnèrent la réalisation de ce film. Après, j’ai rencontré Adelchi et lui aussi est devenu un ami. Au-delà du bonheur de cette double rencontre qui continue aujourd’hui encore de me donner autant de surprises que de très bonnes raisons de poursuivre mon film avec eux, je serais bien incapable de mettre des mots sur notre rapport et l’intimité que cette relation donne à sentir à travers les images du film…

Par contre, oui, je pourrais passer des heures à défendre contre vents et marées la nécessité, unique en son genre, que représente « Fuori Orario » dans l’histoire du cinéma, non seulement en Italie, mais je n’ai pas peur de dire dans toute l’europe. Une émission capable de programmer dix heures de films d’Ozu en une semaine, des films de Michael Snow, de Jean-Marie Straub, d’Artavazd Pelechian ou de Tonino de Bernardi, je pense qu’il n’y en a pas eu d’autres dans l’histoire de la télévision. Enrico Ghezzi représente donc la seule grande pensée du cinéma pour toute une génération de cinéastes en Italie. Il est en effet le seul à faire encore aujourd’hui le lien entre le plus petit cinéaste radical et l’auteur le plus reconnu. Et je regrette régulièrement que cette bouffée d’air frais du cinema qui perdure depuis vingt ans soit aussi peu reconnue. « Cose mai viste », en effet… Je le regretted d’autant plus amèrement que les critiques que j’ai pu entendre à l’encontre de « Fuori Orario » et de la pensée d’Enrico ne m’ont jamais paru fondées sur des raisons intéressantes.

Cette controverse imbécile à travers laquelle, j’entends régulièrement qu’il faudrait que Ghezzi soit « plus clair » dans ses propos me fait malheureusement trop souvent craindre que le langage télévisuel a déjà tellement perdu en soi sa capacité à nous perdre, à nous faire aimer la poésie et les chemins qui bifurquent. Moi aussi, bien sûr, il m’arrive de ne pas saisir tout ce qu’il dit au cours de nos entretiens, c’est une question de célérité (la “vitesse” de propagation d’une perturbation dans un milieu). La pensée d’Enrico va très vite, touche à tout sur son passage, fuyant les lieux communs, les sentiers battus, elle révèle autant qu’elle obscurcit parce qu’il a cette générosité de ne pas juger, donc de ne pas avancer des vérités toutes faites mais des questions qui peuvent t’entraîner, si tu les saisis au moment où elles te touchent, à te formuler d’autres questions. Je pense qu’il y a eu très peu de critiques de cinéma (Daney bien sûr et Godard) qui ont eu cette exigence de ne jamais fixer des vérités mais de laisser les questions comme autant de portes ouvertes à prendre ou à laisser. En pensant à notre film, je crois qu’il faut prendre la parole d’Enrico comme un flux, un vrai moment de cinéma parcouru d’impacts qui frappent parfois très fort. Je me souviens, lors de notre premier entretien, avoir été perdue un moment devant sa pensée qui sautait d’un cinéma à l’autre, d’une notion à l’autre et tout d’un coup, une parole est venue me frapper, indélébile, elle continue de me hanter parce qu’elle mettait en jeu non seulement le film en train de se faire mais le cours de ma vie de cinéaste, l’enjeu et les raisons devant lesquels je me place à chaque fois que je prends une image :

« On est des images et en avoir conscience, ce n’est pas si tranquille que ça. Alors on travaille avec notre image, on fait du bricolage, de la construction épurée, rigoureuse. Mais on sait qu’on est dans une sorte de frivolité absolue. On est frivoles en soi. On est des jouets, des biscuits, des choses du genre… Et cette insatisfaction elle est le noyau dur du cinéma. »

Il est vrai aussi que lorsque l’on fait des entretiens filmés, on attend souvent des réponses qu’on avait imaginées en écrivant ses questions, on dirige la parole de l’autre vers ce que l’on cherche à dire soi. Etre prêt à lâcher le discours que l’on tente à imposer à travers le film ça demande une vraie générosité, une curiosité qui permet de dépasser sa propre pensée… C’est ce qu’Enrico m’aura appris et m’apprend encore à chacun de nos entretiens… Je lui parle de « cinéma indépendant », il me répond « Bertolucci » et ça m’énerve ! Je suis déjà en train de penser au montage pendant l’enregistrement et je me dis « je ne vais quand même pas monter ça ! ». Et puis je suis le développement de sa pensée et je me rends compte qu’il me pousse à aller au-delà de mon système, le rêve d’omnipotence d’un cinéaste ultra-commercial qui cherche à dépasser la machine-cinéma dans laquelle il accomplit son travail c’est aussi un rêve d’indépendance… En posant l’indépendance comme une notion qui ne dépendrait que des moyens qui la constituent, on ne va pas très loin, on passe à côté de l’essentiel : l’indépendance d’un langage cinématographique (Indépendance : Propriété d’un axiome qui ne peut pas être démontré à partir des autres axiomes de la théorie dans laquelle il figure.)

Alessio Galbiati: Quelle diffusion/distribution aura t-il « Campi ardenti »?

Catherine Libert: Je suis nulle pour envisager ce genre de choses… Je n’ai jamais été une bonne mère pour mes films, une fois qu’ils sont conçus, je ne m’en occupe plus, j’ai trop d’impatience à passer au film suivant. Là j’ai la chance de travailler avec Stefano qui est sans doute plus attentif que moi à ces choses-là et puis le but de ce film est aussi de faire connaître les auteurs que nous filmons en Italie, du coup je me sens peut-être plus responsable que pour mes films précédents… Nous allons donc d’abord l’envoyer à la sélection de quelques festivals (Torino, Cinéma du Réel, Rotterdam, Berlin…), mais après, tout reste flou… Nous aimerions trouver un festival qui aurait envie de prendre un rendez-vous annuel avec nous, où nous pourrions à chaque fois revenir pour présenter un nouvel épisode des « Chemins de traverse » mais ça nous ne pourrons l’envisager qu’une fois que nous aurons réalisé le deuxième épisode.

J’aimerais aussi, bien sûr, que le film ait une vraie existence en Italie, je voudrais pouvoir le montrer dans tout le pays, du nord au sud et qui sait, rencontrer d’autres cinéastes poètes, militants, résistants autonomes ou bricoleurs par ce biais. Mais comme la distribution est la blessure la plus profonde du cinéma indépendant en Italie aujourd’hui, je pense qu’il faudra aller nous-mêmes trouver des diffuseurs, le film sous le bras, pour pouvoir le montrer. Le paysage culturel de l’italie est dévasté mais le besoin de découvrir de nouvelles formes d’expressions culturelles dans ce pays est intense et sans limites… Le but des « Chemins de traverse » est d’ouvrir une porte à ce cinéma extrêmement vivant… de permettre à ces cinéastes de faire circuler leurs films (à l’intérieur mais aussi en-dehors du pays) et de les sortir de l’isolement dans lequel ils sont contraints de travailler depuis des années.

Ouvrir les portes, faire circuler les pensées comme des courants d’air frais, c’est ce qu’il y a de mieux à faire aujourd’hui, selon moi, pour échapper à l’asphixie culturelle dont l’Europe entière souffre.

Alessio Galbiati: Est-ce que tu as consideré la possibilité de diffuser le film sur internet, sur un site web qui propose des films en streaming, plutôt que dans un site totalement libre crée exprès? Plus en général, est-ce que tu penses que la distribution asphittique du cinéma indépendant ne mérite pas des contraints par les auteurs, des tentatives d’aller au-delà de l’étroit et résiduel (et ruineuse) espace de vie à lequel le marché a désormais relégué ce type de film?

Catherine Libert: Internet, je ne sais pas, moi-même je ne regarde jamais de films par ce biais, j’aime trop les salles, le grand écran, la rencontre du film avec un public… Je ne suis ni pour ni contre l’idée de mettre une copie des « Champs brûlants » sur le net dans la mesure où je ne fais pas le lien : ces images que l’on peut télécharger-regarder sur un écran d’ordinateur ne sont pas notre film. Il n’a pas été rêvé-tourné-monté pour ça. Pour moi, internet est un outil d’archives génial où l’on peut découvrir l’existence de tel ou tel film mais ça ne remplacera jamais la salle de cinéma…

Et quant à la question plus générale de la distribution du cinéma indépendant, je me trompe peut-être mais je crois depuis toujours à la vie des films par eux-mêmes… Qu’un film ne soit pas vu ne m’inquiète pas vraiment, je crois en l’histoire du cinéma, aux films retrouvés. Il y a une telle profusion de films réalisés aujourd’hui qu’on ne distingue pas les choses importantes en train de se faire… C’est ce que j’apprends dans ma quête du cinéma indépendant italien. Si quelqu’un a besoin de notre film un jour, il ira le rechercher par lui-même… J’ai donc envie de penser la distribution comme quelque chose qui résiste au temps plutôt que comme une action immédiate…

Envie de croire à la force de ce cinema invisible et résistant comme le roseau face au chêne, ce cinéma qu’aucune tempête ne pourra anéantir, parce qu’il reviendra toujours, libre et spontané, comme les herbes folles le long des chemins de traverse.

«Les lucioles n’ont disparu qu’à la vue de ceux qui ne sont plus à la bonne place pour les voir émettre leurs signaux lumineux. On tente de suivre la leçon de Walter Benjamin pour qui déclin n’est pas disparition. Il faut “organiser le pessimisme” disait Benjamin. et les images – pour peu qu’elles soient rigoureusement et modestement pensées, pensées par exemple comme images-lucioles – ouvrent l’espace pour une telle résistance.»
– Survivance des lucioles, Georges Didi-Huberman

17-18 septembre 2010

 

 

Intervista alla regista Catherine Libert
di Alessio Galbiati

Alessio Galbiati: Da dove nasce il tuo amore, la passione, per l’Italia ed il suo cinema?

Catherine Libert: Sono cresciuta al fianco di un padre cinefilo e innamorato dell’Italia. Il mio amore per il cinema è nato dunque con Rossellini, le commedie di Totò, Fellini, Risi, Rosi, Comencini… e più tardi Pasolini e Antonioni… I nostri frequenti viaggi in Italia erano attraversati da tutte le immagini di questi film. Le loro voci, i loro volti, i loro paesaggi hanno assunto un significato quasi genealogico nella mia storia del cinema… Ed è stato naturale che i miei primi desideri di fare film li abbia sentiti di volerli realizzare nella luce italiana… Ho quindi imparato a sviluppare le mie armi cinematografiche, ad affinare i miei strumenti, il mio sguardo, girando qualche film tra la Francia e il Belgio senza però mai abbandonare il mio primo desiderio legato al cinema: girare in Italia….

Alessio Galbiati: Come hai incontrato il cinema di Gaundri?

Catherine Libert: Nell’avviare le mie ricerche sui cineasti indipendenti in Italia, il nome di Gaudino ricorreva spesso. Sapevo che “Giro di Luna” era un film imprescindibile, un oggetto unico nel panorama del cinema italiano di questi ultimi trent’anni. Ma è stato per una coincidenza fortuita che ho incontrato Beppe una sera a Roma. In una libreria di Roma si teneva un piccolo ricevimento per presentare il DVD dei film di Roberto Nanni (molto giustamente intitolato “Ostinati”). Roberto faceva parte dei cineasti indipendenti radicali che mi interessavano. Dopo la visione dei film, si tenne un dibattito sul cinema sperimentale di Roberto Nanni e più in generale sul cinema indipendente in Italia. Un uomo prese la parola e si mise a fare un ritratto molto concreto sulla situazione del cinema d’autore in Italia (con tanto di cifre a sostegno). Si lasciava trasportare nel descrivere la situazione d’urgenza, invitando la piccola assemblea ancora presente al dibattito a mobilitarsi e a partecipare a diverse manifestazioni che stavano per avere luogo (in particolare alla Mostra del cinema di Venezia). Ha parlato anche dei movimenti di autori che si stavano organizzando gradualmente attorno alle rovine della cultura italiana. Malauguratamente il dibattito si concluse rapidamente a causa dell’apertura del buffet…

In seguito, continuai la conversazione con lui per un lungo tempo, prima di rendermi conto che quell’uomo fosse Beppe Gaudino! Gli parlai del progetto legato ai miei film sul cinema indipendente italiano. Il seguito si svolse in maniera molto rapida. Il giorno seguente mi invitò a casa sua, dove incontrai Isabella Sandri, sua compagna di vita e di cinema, e regista anch’essa, e visionai tutti i loro film. Rimasi totalmente inghiottita dal loro universo, dalla bellezza delle loro ossessioni per tutto ciò che resiste, come se il modo in cui vivevano il loro impegno cinematografico fosse ogni volta il soggetto evidente di ciascuna delle loro opere, la memoria di un mondo, la memoria di un cinema e dei mezzi per mantenere questo mondo-cinema in libertà…
Una settimana dopo, Stefano arrivava a Roma con la camera e iniziavamo a girare “Champs brûlants” (“Campi ardenti”).

Se l’avventura di questo film ha potuto avere un avvio così rapido, fu per una evidenza meravigliosa e immediata nel nostro incontro. Un sentimento di amicizia e di riconoscimento cinematografico che continua a legarci… Non solo perché Beppe e Isabella sono capaci di una generosità fuori dal comune che è legata innanzitutto alla loro curiosità per il mondo (la forza del loro cinema) ma anche perché ci siamo rapidamente resi conto parlando delle nostre vite-cinema, che attraversavamo le medesime gioie, le medesime difficoltà.

Ancora oggi, quando vado a Roma, prima di prendere anche un solo appuntamento, vado prima da Beppe e Isabella, perché so che ci sarà sempre una sublime pasta e fagioli o un pollo al rosmarino ad attendermi. È un sentimento di famiglia-cinema al quale sono molto legata.

Alessio Galbiati: Il catalogo di Locarno parla di “Campi ardenti” come quarto episodio di un viaggio in Italia alla ricerca del cinema indipendente ed artigiano. Quali sono gli altri episodi di questa serie chiamata “Vie Traverse”? Con tutta sincerità, rischiando il ridicolo, penso che probabilmente non esistano altri “episodi” al di fuori di “Campi ardenti”, ho pensato addirittura sia stata l’idea di compiere un’azione situazionista a spingervi (tu e Stefano Canapa ne siete i produttori) ad irridere critica ed organizzatori del festival… sono pazzo?!

Catherine Libert: La tua domanda mi fa sorridere, Alessio. Io e Stefano avremmo volentieri avuto la tracotanza e l’umorismo necessari per lanciarci in questa azione situazionista facendo circolare una falsa promo per una serie. Però è vero: “Les Champs brûlants” fa parte di una serie di film (ancora da realizzare) che si intitola “Les chemins de traverse” in cui figureranno i ritratti di altri cineasti come quello che abbiamo realizzato con Beppe e Isabella. La cronologia degli episodi è prima di tutto geografica: dal momento in cui ho iniziato ad appuntarmi i nomi dei cineasti che mi interessano su una carta geografica dell’Italia, mi sono resa conto che non c’è alcuna identità nazionale a legare questi universi radicalmente diversi, perché le loro storie sociali e politiche sono differenti… La voglia di un “road movie” si è quindi inserita sulla necessità di mostrare questi territori di cinema: filmare la traversata di un Paese come ha fatto Kramer con “Road One USA” o Pasolini quando scrisse “La lunga strada di sabbia” percorrendo l’Italia da Nord a Sud e da Sud a Nord. Essendo molti i cineasti da incontrare, e molti i luoghi, ho immaginato il nostro progetto comporsi di una dozzina di episodi ognuno dei quali dedicato a una parte del Paese… Ciò che sembra strano oggi è che abbiamo girato il quarto episodio (o il quinto, o il sesto, lo vedremo in seguito) prima degli altri. Pervasi dall’entusiasmo per l’incontro con Beppe e Isabella, abbiamo iniziato il nostro percorso da Roma senza preoccuparci della rotta che ci eravamo prefissati di seguire (un modo per essere anche noi stessi indipendenti da qualsiasi obbligo).

Il percorso di “Chemins de traverse” parte infatti da Ventimiglia (laddove Pasolini iniziava il suo viaggio per “La lunga strada di sabbia”), scende sul versante Est del Paese, fino in Sicilia, e quindi risale verso Nord, a Salò (laddove il paese e il cinema hanno conosciuto una sorta di fine). L’episodio successivo che vorremmo girare sarà quindi il primo, che si svolgerà da Ventimiglia a Torino, dove filmeremo Tonino De Bernardi… Per il momento, Non dirò nulla dei successivi episodi in quanto non ho l’accordo con i cineasti coinvolti… Questo colossale progetto richiederà certamente molto tempo, possiamo intendere questo cammino come una sorta di appuntamento per i prossimi anni… Talvolta dico a me stessa che questa serie non giungerà mai a compimento finché esisterà un cinema indipendente in Italia… Quindi può essere che parleremo ancora dei film da realizzare per “Les chemins de traverse” per i prossimi vent’anni…

Alessio Galbiati: Il documentario (poetico) in questione è, come il soggetto al centro della narrazione, un’opera indipendente. All’interno di “Campi ardenti” dai di questo modo di fare e concepire il cinema una definizione che ho trovato molto interessante, e che mi sento di condividere tout court: «l’indipendenza è mantenere intatta l’idea, l’esigenza, originaria». Quali dunque le idee e le esigenze che hanno dato origine a, mi ripeto, questo tuo viaggio in Italia?

Catherine Libert: È vero che il soggetto del film (il cinema indipendente, le sue esigenze e necessità, tecniche e poetiche) è l’immagine stessa del film. La nascita del progetto (il primo desiderio) si colloca come un’evidenza, a mia insaputa dovrei dire.

Ho lavorato per un anno alla programmazione dei film inediti di Pierre Clémenti con due amici: Alessandro di Francesco e Andrea Monti (programmisti del Festival di Lucca). Questo primo legame in Toscana mi ha permesso di gettare le basi del mio desiderio più caro: girare in Italia. I film che avevo realizzato in precedenza in Belgio si sono sempre stati realizzati con un approccio autonomo e artigianale.
Prima di sapere che avrei girato in Italia, dovevo sapere come avrei potuto girare in Italia senza tradire il mio stile cinematografico, vale a dire nel modo più libero possibile. D’un tratto mi sono chiesta se ci fossero laboratori artigianali, se ci fossero dei collettivi di cineasti per scambiarsi materiali, come accade in Francia e Belgio, se ci fossero delle reti alternative di distribuzione. In poche parole: se ci fossero cineasti indipendenti in Italia… La risposta che ho ottenuto dai miei amici programmatori o cineasti è stata unanime: c’è stato un cinema indipendente molto forte negli anni ‘70 (innestata in gran parte nella Cooperativa del cinema indipendente) ma oggi, il cinema indipendente è morto… La domanda si è fatta ossessiva, doveva per forza esistere da qualche parte in Italia un ‘videoasta’ impegnato a creare un film nella sua cucina. Allora ho iniziato a scrivere ad alcuni critici, cineasti e specialisti di cinema italiano ed improvvisamente mi sono resa conto che non stavo facendo altro che scrivere il mio film…

Poi un giorno, si è verificato questo meraviglioso caso che mi ha permesso di incontrare Stefano Canapa, il mio compagno di strada per “Les chemins de traverse”. Stefano è originario di Torino ma viveva a Parigi da dieci anni. I nostri percorsi cinematografici coincidevano per diversi luoghi e desideri cinematografici, facevamo entrambi parte della rete dei laboratori indipendenti, avevamo entrambi imparato lo sviluppo artigianale presso le stesse persone (Metemkine, gli Atelier MTK e Ad Libitum, L’abominable…) e avevamo una stessa maniera di inventare l’indipendenza del nostro cinema. Stefano se n’era andato da Torino lasciandosi alle spalle il progetto di un laboratorio S8, “Superotto mon amour”, che aveva dovuto chiudere a causa dell’assenza di adesioni. Il cinema verso il quale tendeva non esisteva in Italia, ma questo non metteva in discussione la sua voglia di girare nel Paese, ed il distacco non era mai stato superato. La mia ricerca sui cineasti indipendenti italiani si congiungeva con la sua voglia di tornare in Italia. Poco dopo il nostro incontro, ho scoperto il suo lavoro vedendo “Petrolio”, un film in 16mm realizzato con Emmanuel Lefrant. È stato un autentico colpo di fulmine per le sue immagini in bianco e nero, per la padronanza di una materia elaborata in laboratorio partendo da pochi rulli e per la singolarità del suo sguardo.

Abbiamo quindi deciso di lanciarci insieme in questa avventura in un lasso di tempo brevissimo. Questa collaborazione e questa amicizia sono stati i primi passi verso “Vie traverse”, il secondo passo sarebbe stato poi mosso con Enrico Ghezzi (ma su questo tornerò più tardi).

Alessio Galbiati: Dal punto di vista produttivo/economico come è venuto al mondo “Campi ardenti”?

Catherine Libert: Nicole Brenez, programmista alla Cineteca di Parigi, mi aveva dato carta bianca per presentare un primo abbozzo di un primo ritratto di un cineasta. Pensavo già che comunque sarebbe stato necessario girare due o tre cose per vedere come avremmo assemblato questi incontri per poi poter scrivere il progetto su una base concreta. Abbiamo usato i nostri mezzi per comperare uno stock di pellicola a basso prezzo, chiesto in prestito una camera da Kodak e cercato amici che potessero ospitarci a Roma durante la lavorazione del film.

Quando tu mi parli dell’idea di conservare intatto il primo desiderio di girare un film, per noi si è trattato soprattutto di realizzarlo in 16mm. Questo desiderio superava le nostre esigenze estetiche nel senso in cui si tratta di un film sulla storia del cinema. Ci pareva importante mantenere qualcosa di questa storia: la pellicola, l’avanzamento a 24 immagini per secondo, la vita dell’emulsione…

La nostra prima idea era quella di presentare alla Cineteca una performance in cui avremmo proiettato una serie di rulli girati con Beppe e Isabella a guisa di traccia di un film che poi si sarebbe realizzato… Questo ci avrebbe permesso di girare poco. Avendo poca pellicola e poiché le interviste che volevamo realizzare con i cineasti rischiavano di richiedere molti rulli, abbiamo deciso di girare queste con l’aiuto di un piccolo apparecchio digitale. Una volta montato, ridotto all’essenziale, abbiamo trasferito questo materiale in 16mm. Organizzando il girato per questa performance, mi è venuta subito la voglia di montare delle sequenze e mi sono lasciata letteralmente inghiottire dalla materia, giorno e notte per quindici giorni. “Les champs brûlants” è nato quindi da questa effervescenza, quasi nostro malgrado, e ci siamo dovuti arrendere di fronte all’evidenza che non ci sarebbe stata alcuna performance alla Cineteca ma solo un montaggio che avrebbe trovato la sua forma definitiva per la proiezione a Locarno.

Quindi, non abbiamo chiesto alcun finanziamento per realizzare il film. E se è vero che questo ci ha rovinati finanziariamente, eravamo nel contempo piuttosto fieri di poterlo presentare a Locarno come un progetto autonomo, senza alcun nome di casa di produzione o istituzione iscritta nei titoli. Abbiamo realizzato un film totalmente indipendente e questo ci ha permesso di iniziare un dibattito sull’indipendenza nella maniera giusta. Oggi ci piacerebbe trovare i soldi necessari per sviluppare una copia in 16mm di “Champs brûlants”. La copia Beta non corrisponde ancora al nostro desiderio cinematografico, manca ancora qualcosa di vivo tra il film e lo spettatore, il digitale rimane virtuale… Abbiamo bisogno di sentire le nostre immagini svolgersi a 24 immagini per secondo, di vedere la grana e la trasparenza dell’emulsione, per vedere (e far vedere) il film come l’abbiamo sognato all’inizio.

Per i prossimi episodi di “Chemins de traverse” non andrà nello stesso modo, abbiamo bisogno di finanziamenti per poter intraprendere questo lungo percorso, dobbiamo farci aiutare. Oggi abbiamo la fortuna di lavorare con alcuni amici produttori, cinefili e amanti del cinema italiano. Il nome della loro società è “House on Fire”, non avremmo potuto trovare di meglio per parlare dello slancio che ci spinge verso il progetto. In Italia la Gaundri (ovviamente) ci aiuta nel trovare le soluzioni per gettare le basi del seguito del documentario. Ritengo che il primo gesto, spontaneo e radicalmente indipendente, che abbiamo fatto realizzando “Les champs brûlants”, fosse necessario non solo per essere in grado di parlare di indipendenza, ma anche per suscitare in altri cineasti, produttori o distributori, il desiderio di seguirci in questa avventura.

Alessio Galbiati: Qual è stato il ruolo di Enrico Ghezzi nella costruzione del progetto?

Catherine Libert: Il primo appuntamento che ho preso con Enrico per parlare del nostro progetto resta un ricordo memorabile. Era di passaggio a Parigi (Enrico è l’uomo di passaggio per eccellenza). Era il gennaio del 2010, la città era ricoperta di neve. Anche i miei amici del Festival di Lucca erano a Parigi e mi hanno chiamato una mattina per dirmi che avevamo appuntamento con Enrico agli studi LTC, dove doveva recarsi per una visione tecnica del film di Straub “Le streghe”. Abbiamo quindi scoperto il capolavoro di Straub nelle sue due versioni (la francese sottotitolata e l’italiana). Quando siamo usciti dalla proiezione, ci siamo trovati nella neve, accecati dalla luce della foresta di Buti, il testo di Pavese e i volti di Leucò e Circe. Ci siamo riallineati alla realtà dell’inverno parigino nel cafè di fronte ed abbiamo iniziato la prima conversazione su “Les chemins de traverse” con Enrico.

Partivo dal nulla, non conoscevo che due o tre cineasti indipendenti e la mia voglia di realizzare questo progetto sembrava il desiderio di una folle che vuole costruire un castello a mani nude nel mezzo del deserto… questo non è parso sconcertare Enrico che si è messo generosamente a parlare per ore di “cose mai viste” e dell’incredibile vivacità di un cinema oggi a stento visibile in Italia. I nomi hanno iniziato ad allinearsi: Gaglianone, Tonino De Bernardi, Ciprì e Maresco, Ricci-Luchi e Gianikian, Paolo Benvenuti, Alina Marrazzi, Paolo Gioli, Beppe Gaudino, Isabella Sandri, Roberto Nanni, Rezza e Mastrella, Franco Brocani, Franco Piavoli… Tanti modi singolari di fare cinema, forti personalità distinte che operano in modi molto differenti per un cinema fuori-norma all’ombra del cinema commerciale… Enrico ha quindi gettato tutte le basi di “Chemins de traverse” in un pomeriggio (ad accezione di qualche cineasta che avrei scoperto io stessa in seguito), e il suo entusiasmo cinefilo per le vite e le opere di ciascuno ci ha persuasi definitivamente sul fatto che questo progetto di documentario sul cinema indipendente in Italia meritava di essere vissuto e realizzato.

Nei mesi che seguirono questo incontro, lui mi ha nutrito enormemente nello sviluppare il film, senza però mai impormi o nemmeno suggerire un modo per realizzarlo. Si accontentava di passarmi delle tracce, dei frammenti, per farmi avanzare nelle mie ricerche, inserendo anche un film o un altro, un libro, un pensiero, nella casualità dei suoi passaggi a Parigi.

Sul filo delle nostre discussioni, mi resi conto che la sua parola oltrepassava l’inventario di un cinema invisibile in Italia. La sua riflessione stabiliva un legame che andava al di là dell’identità di ognuno tra i cineasti, che andava al di là dei generi (sperimentale, underground e anche indipendente). Portava un interrogarsi sul cinema nella sua stessa essenza, al di là di ciò che costituisce ciò che è commerciale o artigianale… Poco a poco mi è nata la voglia di filmare questi momenti di discussione, di coglierli come pensieri paralleli che si sarebbero articolati intorno a ogni incontro con i cineasti. È stato quindi naturalmente che è diventato il personaggio centrale del mio film: un traghettatore (passeur) che funge da legame tra tutti i territori del cinema indipendente.

Alessio Galbiati: In “Campi ardenti” sono molti i momenti di complicità che si instaurano fra te ed Enrico Ghezzi… arrivi addirittura a dirgli che molto spesso non si capisce con chiarezza quel che vuol dire… lui stesso “porta” suo figlio, Adelchi, dentro all’inquadratura… ciò da una dimensione molto intima del vostro rapporto, un rapporto che ha la forza di demistificare la figura di uno dei cinefili più amati e controversi d’Italia (d’Europa, del mondo?). Mi piacerebbe ci regalassi qualche tua considerazione su di lui, non certo un giudizio, ma alcune considerazioni su come hai intenso la sua passione per il cinema…

Catherine Libert: Enrico è diventato un amico con il passare dei mesi e degli avvenimenti che avrebbero accompagnato la realizzazione del film. Dopo ho incontrato Adelchi e anche lui è diventato un amico. Al di là della gioia suscitata da questo doppio incontro, che continua anche oggi a darmi tante sorprese quante buone ragioni per proseguire nel mio lavoro con loro, sarei incapace di dare un nome al nostro rapporto, all’intimità che questa relazione fa cogliere attraverso le immagini del film…

Invece, potrei passare ore a difendere contro venti e maree la necessità, unica nel suo genere, che rappresenta “Fuori orario” nella storia del cinema, non solo in Italia, ma – non ho timore nel dirlo – in tutta l’Europa. Una trasmissione in grado di programmare dieci ore di film di Ozu in una settimana, i film di Michael Snow, di Jean-Marie Straub, di Artavazd Pelechian o di Tonino De Bernardi, penso non esista nulla di simile nella storia della televisione. Enrico Ghezzi rappresenta quindi il solo grande pensiero sul cinema per tutta una generazione di cineasti in Italia. Egli è rappresenta effettivamente l’unico legame tra il piccolo cineasta radicale e l’autore più riconosciuto. Rimpiango regolarmente che questa ventata d’aria cinematografica fresca che dura da vent’anni sia anche così poco riconosciuta. “Cose mai viste”… effettivamente. Mi amareggia ancora di più il fatto che le critiche che ho potuto sentire in merito a “Fuori orario”, o al pensiero di Enrico, non mi sono mai parse fondate su ragioni interessanti.

Questa controversia imbecille che vuole regolarmente che Ghezzi debba essere “più chiaro” nei suoi discorsi, mi fa purtroppo molto sovente rimpiangere il fatto che il linguaggio televisivo abbia già perduto la sua capacità di farci smarrire, di farci amare la poesia ed i percorsi che si biforcano. Anche a me, ovviamente, capita di non riuscire ad afferrare tutto ciò che dice nei nostri incontri. È una questione di celerità (la “velocità” di propagazione di una perturbazione in un luogo). Il pensiero di Enrico è molto veloce, tocca tutto nel suo passaggio, rifugge i luoghi comuni, i sentieri battuti, esso rivela tanto quanto oscura, perché possiede quella generosità nel non giudicare, non avanza verità assolute, bensì porta domande che possono travolgerti, se le afferri al momento in cui ti toccano, portandoti a formulare altre domande. Penso ci siano pochissimi critici di cinema (Daney, certo, e Godard) che abbiano sentito questa esigenza di non fissare mai delle verità ma di lasciare le domande come fossero porte aperte da prendere o lasciare. Pensando al nostro film, credo si debbano prendere la parole di Enrico come un flusso, un vero momento di cinema percorso da impatti che talvolta scuotono fortemente. Mi ricordo, al momento del nostro primo incontro, di essermi un momento persa davanti al suo pensiero che saltava da un cinema all’altro, e poi, improvvisamente, una parola mi ha scossa indelebilmente, essa continua ad assillarmi perché non solo metteva in gioco il film in corso d’opera ma anche il corso della mia vita da cineasta, la posta e le ragioni davanti alle quali mi pongo ogni volta che riprendo un’immagine:

«Noi siamo delle immagini ed averne coscienza, non è tranquillizzante come dirlo. Allora lavoriamo con la nostra immagine, facciamo del bricolage, della costruzione purificata, rigorosa. Ma sappiamo che ci troviamo in una sorta di frivolezza assoluta. Siamo frivoli dentro. Siamo giocattoli, biscotti, cose del genere… E questa insoddisfazione è il nocciolo duro del cinema».

È vero che, dal momento che si realizzano interviste filmate, ci si attende spesso risposte che avevamo già immaginato scrivendo le domande, si dirige la parola dell’altro verso ciò che cerchiamo di dire noi stessi. Essere pronti a lasciare il discorso che si tenta di imporre attraverso il film richiede un’autentica generosità, una curiosità che permetta di superare il proprio pensiero… Questo è ciò che Enrico mi ha insegnato e ancora mi insegna a ogni nostro incontro… Io gli parlo di “cinema indipendente” e lui mi risponde “Bertolucci” e questo mi innervosisce! Sto già pensando al montaggio nel corso della registrazione e mi trovo a pensare: “Questo non lo monterò nemmeno!”. Poi seguo lo sviluppo del suo pensiero e mi rendo conto che mi spinge ad andare al di là della struttura del mio sistema di pensiero, il sogno di onnipotenza di un cineasta ultra-commerciale che cerca di oltrepassare la macchina-cinema in cui il suo lavoro si svolge è anch’esso un sogno di indipendenza… Ponendo l’indipendenza come una nozione che non dipenderebbe che dai mezzi di sostegno, non si va troppo lontani, si sfiora l’essenziale: l’indipendenza di un linguaggio cinematografico. (Indipendenza: proprietà di un assioma che non può essere dimostrato partendo da altri assiomi della teoria in cui figura).

Alessio Galbiati: Quale circolazione/distribuzione avrà “Campi ardenti”?

Catherine Libert: Sono negata nel considerare questo genere di cosa… Non sono mai stata una buona madre per i miei film. Un volta concepiti, non me ne occupo più. Vivo troppo l’impazienza di passare al film successivo. Qui ho la fortuna di lavorare con Stefano, che è indubbiamente più attento di me a questo aspetto. Poi lo scopo del film è anche quello di far conoscere gli autori che filmiamo in Italia e quindi sento improvvisamente una maggiore responsabilità rispetto a quella per i miei film precedenti… Quindi, lo manderemo prima di tutto alle selezioni di qualche festival (Torino, Cinéma du Réel, Rotterdam, Berlino…), ma ciò che succederà dopo resta sfuocato… Ci piacerebbe trovare un festival che avesse voglia di prendere con noi un appuntamento annuale per potervi tornare ad ogni edizione con un nuovo episodio di “Chemins de Traverse” ma questo non potrà essere immaginato se non una volta che avremo realizzato il secondo episodio. Certo, mi piacerebbe che il film avesse una vera esistenza in Italia. Vorrei poterlo mostrare in tutto il Paese, dal Nord al Sud, e, chissà, incontrare in questo percorso di sbieco altri cineasti, poeti, militanti, resistenti autonomi, esperti di fai da te. Però, poiché la distribuzione è oggi la ferita più profonda del cinema indipendente in Italia, penso che dovremmo andare noi stessi con il film sotto il braccio a trovare dei distributori, per poterlo mostrare. Il paesaggio culturale italiano è devastato ma il bisogno di scoprire nuove forme espressive culturali è intenso e privo di limiti… Lo scopo di “Chemins de traverse” è quello di aprire una porta a questo cinema estremamente vivo… di permettere a questi cineasti di fare circolare le loro opere (sia all’interno che all’esterno del Paese) e di farli uscire dall’isolamento nel quale sono costretti a lavorare da diversi anni.

Aprire le porte, fare circolare i pensieri come fossero correnti di aria fresca, è la cosa migliore che si possa fare al giorno d’oggi, secondo me, per fuggire dall’asfissia culturale di cui soffre l’Europa intera.

Alessio Galbiati: Non hai mai pensato alla possibilità di renderlo disponibile online, su di un qualche sito che offra cinema in streaming, piuttosto che in maniera completamente libera con un sito ad hoc? Non pensi più in generale che l’asfittica distribuzione di cinema indipendente non meriti forzature da parte degli autori, tentativi di oltrepassare l’angusto e residuale (rovinoso) spazio di vita a cui il mercato ha oramai relegato questo tipo di cinema?

Catherine Libert: Internet, non saprei, nemmeno io guardo mai i film attraverso questo mezzo, amo troppo le sale, il grande schermo, l’incontro di un film con il suo pubblico… Non sono contraria all’idea di mettere una copia di “Champs brûlants” sulla rete, a condizione che non sia io il tramite: quelle immagini che si possono guardare e scaricare sullo schermo di un computer non sono il nostro film. Per me il computer è un mezzo di archiviazione geniale grazie al quale si può scoprire l’esistenza di quel film o di un altro ma non sostituirà mai la sala cinematografica…

In quanto alla questione più generale della distribuzione del cinema indipendente, magari mi sbaglio ma credo da sempre alla vita autonoma dei film… Che un film non venga visto non mi inquieta veramente, credo nella storia del cinema, ai film riscoperti. C’è una tale profusione di film realizzati oggi da non distinguere le cose importanti che si stanno facendo… È ciò che sto apprendendo nella mia ricerca sul cinema indipendente italiano. Se qualcuno avrà bisogno del nostro film un giorno, lo cercherà lui stesso… Ho voglia di pensare alla distribuzione come a una cosa che resiste al tempo piuttosto che a un’azione immediata…

Voglia di credere alla forza di questo cinema invisibile e resistente come una canna di fronte a una quercia, questo cinema che alcuna tempesta potrà annientare, perché tornerà sempre, libero e spontaneo come le erbe selvatiche lungo le vie traverse.

«Le lucciole sono scomparse alla vista soltanto di coloro che non sono più nella giusta posizione per vederle emettere i loro segnali luminosi. Tentiamo di seguire la lezione di Walter Benjamin per cui declino non significa scomparsa. Occorre organizzare il pessimismo, diceva Benjamin. E le immagini – per quanto poco siano rigorosamente e modestamente pensare, pensate per esempio come immagini-lucciole – aprono lo spazio per una resistenza simile».
– Surviance des lucioles, Georges Didi-Huberman.

17-18 settembre 2010 /// traduzione a cura di RR

 

 

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